Ornithologie : Cascade trophique…
Des hirondelles en augmentation démographique ?
Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum), groupe cherchant de la boue sur un parking pour construire leurs nids - Boulevard de la Liberté, 47 Agen - Mai 2016 - Photographie : N.PINCZON
En Suède, la minuscule colonie d’Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) de l’île de Stora Karlsö en mer Baltique est, contrairement aux autres populations européennes, en augmentation démographique ! Cette colonie se nourrit d’une espèce de chironome (des diptères) qui vivent grâce à l’abondante couche de guano des oiseaux de mer. Quant à eux, oiseaux « marin-pêcheurs », il s’agit du Guillemot de troïl (Uria aalge) et du Pingouins torda (Alca torda)… qui s’alimentent du Sprat (Sprattus sprattus) un poisson de la famille des clupéidés (les harengs, sardines, anchois…). Sur cette île, ces deux espèces d’alcidés sont aussi en augmentation démographique ! Vous imaginez bien que le Sprat, leur proie, lui aussi a des populations qui se portent bien… Quand des populations animales aussi singulières sont en augmentation, par les temps qui courent, c’est bien qu’il y a quelque chose qui se passe quelque part pour provoquer cette dynamique positive. Surtout si ces phénomènes sont très locaux, il y a toujours moyen de chercher une réponse. En l’occurrence, suite à une étude effectuée sur cette île, évaluant la teneur en isotopes stables de l’azote et du carbone des plumes de différentes espèces locales d’oiseaux, mettant en évidence la dépendance de l’Hirondelle de fenêtre au réseau trophique marin, la cause a été déterminée : il s’agit de l’effondrement des bancs de la Morue de l’Atlantique (Gadus morhua) ou Cabillaud. La surpêche pratiquée depuis des décennies a considérablement réduit les "stocks" de cette espèce… Le super-prédateur disparait et… les souris dansent ! Davantage de sprat, davantage de guillemots et de pingouins, donc plus de guano… et plus de chironomes !! Et voilà nos hirondelles bien nourris. Alors, globalement, faut-il manger de la brandade, du foie de morue ou du bacalhau a bras (plat Portugais) pour sauver les hirondelles ? En ce qui concerne cette petite population de l’île de Stora Karlsö en mer Baltique, qui dépend d’un réseau trophique marin bien étoffé… oui ! Mais pour l’essentiel des autres populations, qui dépendent de réseaux trophiques terrestres, cela n’aura évidemment aucune incidence. Il serait même souhaitable que nos descendants apprécient ces recettes faites avec l’excellente Morue… donc que nous nous abstenions d’en manger un peu ! Ceci afin de permette à cette espèce de poisson (à forte valeur culturelle) de reconstituer des populations solides… Pouvons-nous en avoir plus que la conscience ? Les Hirondelles de fenêtre de Stora Karlsö seront toujours là...
En attendant, estimons-nous heureux que l’architecture des boulevard Carnot et de la Liberté à Agen mais également celle des façades de l’hôtel du Département du Lot-et-Garonne puisse permettre l’installation de plus d’une centaine de couples d’Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) et que la vallée de la Garonne permettent encore à ces hirundinidés de s’alimenter de mouches et autres moustiques… Mais comment étaient les colonies autrefois ? Comment seront-elles demain ? De quel système trophique nos Hirondelles urbaines dépendent-elles ? Quels événements peuvent sournoisement perturber cet écosystème ? On imagine bien sûr une baisse, déjà effective, des populations de certaines espèces d’insectes du fait de la pollution atmosphérique, de l’utilisation d’insecticide, du manque de matière organique en décomposition, des problèmes d’eutrophisation de l’eau, du réchauffement de la Garonne pour les espèces d’insectes aquatiques… Et puis… les bâtiments modernes ne permettent pas toujours l’installation de leurs nids !
Vous pouvez aller les admirer 5 minutes sur le « boul », jusqu’au mois de septembre. Observez les nids à quelques mètres sous les balcons ou dans les ornements architecturaux, les jeunes qui attendent, les allées et venues des parents, leurs incessants petits cris roulés : prliiip, prliiip… elles sont vraiment réjouissantes !
Bibliographie : Oiseaux et changement global, menace ou aubaine ? – Jacques BLONDEL – Editions QUAE, 2015
Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) - Boulevard de la Liberté, 47 Agen - Mai 2016 - Photographie : N.PINCZON
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