Ornithologie : La migration des oiseaux…
Quelques aspects hallucinants du phénomène !
Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) – Ce rapace vient des lacs de forêts d’Écosse, de Scandinavie, de Russie et va passer l’hiver dans les secteurs Ouest-Africains du Niger, Mali, Sénégal et plus au Sud… En chemin, il lui faut de quoi attraper quelques poissons pour se restaurer, sur les fleuves, les étendus d’eau – Aiguillon 47, 31 août 2018 - Photographie : Geoffroy CHABOT
Quelques généralités : Toutes les espèces d’oiseaux sont susceptibles de pouvoir migrer… En quelques générations elles peuvent développer ou parfois stopper un comportement migratoire. Au sein d’une même espèce, certaines populations sont migratrices, d’autres sont sédentaires (c’est le cas du Pigeon ramier - Columba palumbus). L’histoire des populations d’oiseaux montre que certaines espèces ont inclus, depuis longtemps, de manière importante, voire essentielle, le fait de migrer au cours de leur cycle de vie. Il y a donc des champions de la migration ! La migration comprend le voyage lui-même, ainsi que les haltes qui permettent de se reposer et de se restaurer. Les zones d’hivernages sont parfois des lieux très précis et aussi importants, pour la survie d’une population d’oiseaux, que la zone de nidification. Sur la zone d’hivernage il y a des périodes de mue des plumes, du repos, des rencontres de futures partenaires parfois, une mise en condition physique pour la reproduction suivante… Si certains individus peuvent « s’égarer » et, pour certaines espèces, peuvent « explorer » de nouveaux territoires et être ainsi pionniers pour éventuellement coloniser un secteur (apparaissant là où on ne les attend pas), le trajet migratoire des oiseaux n’est pas une errance mais bien un voyage. Selon l’endroit où, nous Humains, nous habitons, il est possible de voir les choses de 2 façons, par exemple :
– Pour ceux qui habitent en Europe du Nord : les oiseaux fuient l’hiver froid, le manque de nourriture et descendent vers les tropiques pour passer l’hiver au chaud…
– Pour ceux qui habitent en Afrique : les oiseaux fuient la chaude saison des pluies, laissent la place aux oiseaux locaux sédentaires, recherchent plus de ressources alimentaires pour la reproduction et montent rapidement vers les riches habitats du court été boréal…
Mais aucun oiseau ne fuit ni ne cherche… c’est simplement que l’espace qui permet tous les cycles vitaux de certaines espèces, est compris, en fonction des saisons, entre le nord de l’Europe et les tropiques. En quelque sorte, toutes les latitudes de l’hémisphère Nord sont exploitées, et même au-delà de l’équateur pour des espèces comme l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus), la Martinet noir (Apus apus). C’est vaste certes… mais c’est comme cela que les populations d’oiseaux migrateurs vivent… Ce sont des voyageurs sans frontières, aux capacités de vol exceptionnelles.
Beaucoup de comportements migratoires sont issus de la fin de la période glaciaire, il y a maintenant plus de 10 000 ans. Des espèces qui habitaient au sud ont profité des nouveaux espaces libérés par la fonte des glaciers. Les premiers mouvements migratoires des espèces nicheuses en été en Europe, étaient bien de monter vers le Nord ! De même, dans le cas de migration altitudinale, des oiseaux profitent de l’été pour se reproduire et montent entre 2 et 3000 mètres, puis redescendent au fond des vallées ou dans les plaines, pour passer l’hiver, comme le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria). Migrer c’est donc aller se mettre où la reproduction est possible. Les oiseaux semblent optimiser cette période de reproduction, les conditions sont idéales mais souvent très brèves.
Bien qu’il soit possible d’observer un peu partout la migration des oiseaux, dans le Sud-Ouest, certains sites s’y prêtent plus particulièrement : les cols Pyrénéens comme le col du Soulor, le col d’Orgambideska, ainsi que les caps maritimes comme la Pointe de Grave… permettent d’observer des vols très concentrés. Dans le Lot-et-Garonne, le Pech de Berre a parfois, certains jours d’automne (migration post-nuptiale) ou de printemps (migration pré-nuptiale), un flux relativement visible. On y observe essentiellement des rapaces comme les Milans (noir et royal), Bondrée apivore, Buse variable, Balbuzard pêcheur, Circaète Jean-le-Blanc, Busards (des roseaux, saint-martin…), Épervier d’Europe, Faucons (crécerelle, hobereau, émerillon, pélerin…), des Cigognes (noire et blanche), la Grue (cendrée), de nombreux passereaux : Pigeon ramier, Pinsons (des arbres et du Nord), Pouillots (fitis et véloce), Rougequeue à front blanc, Traquet motteux, Gobemouche noir… etc
Voici 3 aspects extraordinaires de la migration des oiseaux (parmi beaucoup d’autres) :
- Métabolisme :
Pour voyager il faut de l’énergie. Même si beaucoup d’espèces utilisent les courants aériens ascendants, les vents… le corps d’un oiseau qui voyage a un métabolisme 10 à 15 fois plus actif qu’au repos. Les muscles réclament des sucres, des acides gras, des protéines… Afin de stocker ces réserves de carburant, l’oiseau à la possibilité d’être hyperphage . Une boulimie contrôlée pour certains petits limicoles (genre Bécasseaux), ou pour la Fauvette des jardins (Sylvia borin) qui peuvent prendre rapidement 2 fois leurs poids habituels. Tout l’organisme en lien avec la digestion de l’oiseau se transforme de manière très temporaire, le foie grossit, l’intestin se rallonge… Mais, dès que la masse corporelle optimum est atteinte, le processus s’arrête et les organes reprennent leurs tailles initiales, voire s’atrophient, afin d’alléger la masse corporelle. Le départ est…imminent ! - Orientation :
Parmi les différentes possibilités physiologiques que les oiseaux possèdes pour s’orienter, associées aux « messages codés » d’origine génétique de l’espèce, il y a l’utilisation du soleil et des certaines étoiles comme repères (les oiseaux voient les ultra-violets et la lumière polarisée), il y a l’odorat (certaines espèces ont le sens olfactif extrêmement développé !), il y a la mémorisation des lieux (l’expérience), il y a les informations sensitives que les plumes transmettent quant aux mouvements de l’air, mais le plus hallucinant de toutes ces capacités, c’est la possibilité de voir le champ magnétique terrestre ! Comme cela nous paraît étrange ! Des « lignes perceptibles dans le ciel » indiqueraient des angles d’inclinaisons, des intensités magnétiques !! Avec une capacité à les analyser. Une authentique boussole perfectionnée… voilà ce que, l’air de rien, nos migrateurs ont dans les yeux ! - Athlète de haut niveau :
La Barge rousse (Limosa lapponica) niche autour du cercle polaire arctique durant l’été. Une population (celle de la sous-espèce L.l.baueri) part d’Alaska pour passer le reste de l’année en Nouvelle-Zélande. La Barge rousse est un limicole (comme les Bécasses, Bécasseaux, Chevaliers…) d’environ 350 g, qui vit dans les habitats humides, les baies, les rivages, les marais, la toundra… Cette espèce est capable d’effectuer, lors du vol de migration post-nuptial, en une seule traite la liaison entre ces 2 zones importantes pour elle ! Soit dans les 11 000 km en 8 jours de vol sans arrêt au-dessus de l’océan Pacifique !! Cela me laisse baba. Visiblement, il y a bien des avantages pour l’espèce à avoir évolué pour accomplir tous les ans cet exploit. Par contre, dans le sens inverse, lors de la remontée vers le Nord, l’oiseau utilise quelques étapes, cela rallonge le chemin mais le repos est possible.Barge rousse (Limosa lapponica sp) lors de sa remontée prénuptiale vers le nord - Estuaire de la Gironde, mai 2019 - Photographie : N.PINCZON
Je n’insiste pas sur les difficultés que les oiseaux rencontrent de plus en plus pour migrer : changement climatique, pollution lumineuse, dégradation des habitats de halte et de repos, dérangement…
Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) lors de sa remontée pré-nuptiale vers le Nord - Cuq 47, 15 avril 2017 - Photographie : N.PINCZON
A lire et à voir absolument, bibliographie :
La migration des oiseaux, comprendre les voyageurs du ciel – Maxime ZUCCA – éditions Sud-Ouest, 2015
THE MESSENGER - Le silence des oiseaux – Documentaire de SU RYNARD – Production SONGBIRDSOS & FILM A CINQ
BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST
