BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST

HABITATS : le petit cortège des dunes du Lot-et-Garonne…

À l’ouest du département, la fin du plateau des Landes révèle parfois une faune de milieux dunaires

Photographie : N.PINCZON. 47-Durance, exploitation de sable. 02 juin 2019.

En d’autres temps géologiques, lors d’une période aride et froide, il y a -200 000 ans environ, les sables éoliens du plateau des Landes sont visiblement venus achever leur course à la cassure, ou à la dépression, que représente, aujourd’hui encore, la vallée de la Garonne. Nous sommes à 120 kilomètres du littoral à vol de grain de sable, mais ces, modestes, masses de silice rappellent en miniature les vastes dunes onduleuses de la côte atlantique. Le sol du secteur est constitué par une couche, de quelques mètres, de sable blanc (ou noir en surface avec l’humus), parfois plus épaisse, parfois plus infime et d’où effleure même, à l’occasion, la sous-couche sédimentaire calcaire. Un réseau hydrique y circule, créant quelques modestes mais belles rivières, affluentes de la Garonne, comme l’est l’Avance. D’une altitude d’environ 120 à 150 mètres, ce bout de plateau annonce une climatologie probablement plus chaude et plus sèche que le centre du massif des Landes. Il est cependant aussi colonisé naturellement par une couverture végétale de type lande à Ericacée (les Bruyères comme Erica cinerea), à Ajonc épineux (Ulex europaeus), à Fougère aigle (Pteridium aquilinum), associée à de la forêt de diverses espèces de chênes (dont le Chêne liège (Quercus suber), le Chêne Tauzin (Quercus pyrenaica)) et bien évidemment… le Pin maritime (Pinus pinaster) ! Les zones en lande ouverte permettent aux plantes de la famille des Cistacées (les Cistes, les Hélianthèmes…) de s’installer. Les rares dépressions humides, non plantées en Pins ou semées en Maïs, forment des tourbières avec des zones en Molinie bleue (Molinia caerulea), bordées de Saules marsault (Salix caprea), de Bouleaux pubescents (Betula pubescens) où volent parfois le rare papillon Fadet des laiches (Coenonympha oedippus) et le Criquet migrateur (Locusta migratoria gallica)… Hélas, la monoculture du Pin des Landes et ses techniques sylvicole de plus en plus radicales modifie amplement ce paysage de landes et de tourbières… les espaces typiques en landes durables ne sont plus, et les denses plantations de jeunes Pins deviennent omniprésentes. Les sols nus, défoncés par le dessouchage, en attente de plantation, ne laissent que le temps d’une recolonisation de plantes exogènes pionnières, comme le Raisin d’Amérique (Phytolacca americana). Celles-ci ont juste le temps d’envahir les parcelles pendant une saison pour aller proliférer ailleurs. Les futaies plus âgées sont rares, mais un habitat forestier intéressant, par sa richesse floristique et faunistique subsiste encore le long des cours d’eau. L’Avance est classée dans le réseau Natura 2000. De même la culture intensive du Maïs a détruit bien des habitats riches et intéressants de landes humides. Les projets de déforestation pour l’implantation de centrales photovoltaïques sont actuellement nombreux. Certains ont déjà été réalisés comme à Pompogne et à Durance. Par endroit, l’exploitation du substrat sableux a supprimé la végétation, pour laisser place à un habitat artificiel typiquement dunaire, laissant plus ou moins apparaitre la nappe phréatique.
Cartographie : Extrémité du plateau des Landes – Source : Géoportail-IGN

Dans ce secteur, si l’avifaune nicheuse des landes subsiste (les densités sont faibles) à travers quelques espèces comme la Fauvette pitchou (Sylvia undata), le Bruant jaune (Emberiza citrinella), la Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), l’Alouette lulu (Lullula arborea), l’Alouette des champs (Alauda arvensis), le Pipit des arbres (Anthus trivialis), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Hibou moyen-duc (Asio otus), l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus)… notons que le Courlis cendré (Numenius arquata), le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), n’habitent plus le secteur parfois depuis trop longtemps (pour le Courlis cendré notamment, mais un lieu-dit, cultivé en Maïs, porte son nom : la Landes des Courlis)… Même le Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus) y est plutôt rare ! La présence ancienne de la Pie-grièche grise (Lanius excubitor) a été signalée, mais cette espèce a-t-elle vraiment été nicheuse ? Les données anciennes ne précisent d’ailleurs pas toujours la distinction entre la Pie-grièche grise et la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis). Des individus de Pie-grièche méridionale hivernent parfois actuellement dans le département...
Il me semble quand même original de trouver quelques espèces animales - par ailleurs plutôt régulières le long du littoral atlantique sableux - sur cette fin de plateau… au fin fond des terres Landaises !
En effet, notons au moins la présence du Criquet des dunes (Calephorus compressicornis), du Criquet de Jago (Dociostaurus jagoi), du Hanneton foulon (Polyphylla fullo), du Pélobate cultripède (Pelobates cultripes) et du Pipit rousseline (Anthus campestris). Les communes de Durance, de Fargues-sur-Ourbise, de Pindères et de la Réunion hébergent ces 5 espèces.
Photographie : N.PINCZON, Criquet des dunes (Calephorus compressicornis), 47 - La Réunion, le 23 août 2013. Orthoptère-Caelifère, qui a une nette tendance à être psammophile et apprécie donc les substrats sableux. Il est régulier sur les côtes de l’atlantique et de la méditerranée.

Photographie : N.PINCZON, Criquet de Jago (Dociostaurus jagoi), 47-La Réunion, le 18 août 2013. Petit orthoptère-Caelifère, des zones arides ou des pelouses xériques. L’espèce s’observe sur le littoral atlantique et méditerranéen, où il peut remonter la vallée du Rhône. Étonnante station de l’espèce en Lot-et-Garonne, très isolée. La particularité du climat de ce bout de plateau et la possibilité d’une continuité avec les populations de Gironde et de Charente-maritime peut éventuellement l’expliquer ? Il faut faire d’autres données de l’espèce pour mieux comprendre cette présence.

Photographie : N.PINCZON, Hanneton foulon (Polyphylla fullo), 47- La Réunion, le 07 août 2019. C’est une (grosse) espèce de coléoptère que l’on retrouve dans des zones chaudes et sableuses, le long du littoral atlantique et méditerranéen, elle est associée à la végétation de ces habitats : Pins, Tamaris (Tamarix sp), Panicaut maritime (Eryngium maritimum)…

Photographie : N.PINCZON, Pélobate cultripède (Pelobates cultripes), 47-Pindères, le 14 septembre 2019. Drôle d’amphibien, qui a une curieuse façon de s’enfoncer dans le sable pour échapper aux curieux. Une population isolée de celle des dunes du littoral atlantique se maintient encore sur quelques communes Lot-et-Garonnaises mais doit probablement souffrir de la fermeture des milieux, des pratiques sylvicoles et des aléas de la présence de l’eau pour la reproduction…

Photographie : N.PINCZON, Pipit rousseline (Anthus campestris), 47-Durance, le 01 mai 2022. Espèce des habitats steppiques, ce n’est pas un oiseau rare dans les terres, bien qu’en densité souvent très faible. En Aquitaine, les populations sont plutôt concentrées sur le littoral, très rare vers le Quercy. Les individus nicheurs de cette zone semblent isolés, mais dans la continuité de la population du plateau des Landes. La photo est de mauvaise qualité… l’oiseau était farouche !

Cela reste toujours passionnant de remarquer cette diversité locale… il ne reste plus qu’à trouver d’autres espèces adaptées à cet habitat précis… sans parler du Phylan des dunes (Phylan gibbus) ou du Scarabée des sables (Aegialia arenaria) qui restent apparemment inféodé strictement aux dunes du littoral, il faut, par contre, rester attentif à la possibilité de la présence du Gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus), un Orthoptère, et de la Rutelle verte (Anomala dubia), un Coléoptère, pour qui des données existent déjà sans doute. Pourquoi ne pas rencontrer, pour les reptiles, le Seps strié (Chalcides striatus) ou le Lézard ocellé (Timon lepidus) ? Ce dernier a, tout comme le Pipit rousseline des populations sur le littoral atlantique et dans le Quercy… mais cela serait bien surprenant de le découvrir par ici celui-là !
Bibliographie :

  • CLAVÉ-PAPION Bérengère, Géologie, www.aquitaineonline.com/actualites-en-aquitaine/nature-et-environnement/histoire-geologique-aquitaine.html
  • Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine – LPO Aquitaine et Collectif faune-Aquitaine.org – éd Delachaux et Niestlé, 2015
  • Cahier d’identification des orthoptères de France, Belgique, Luxembourg & Suisse – Toutes les espèces : Sauterelles, Grillons & Criquets (+ 1 CD sonore) – Eric Sardet, Christian Roesti & Yoann Braud – Biotope éditions, 2015
  • Guide des sauterelles, grillons et criquets d’Europe occidentale (+ 1 CD de chants OFFERT) – Heiko Bellmann, Gérard Luquet – Delachaux et niestlé – Vérifier la dernière édition…
  • MOE, Tome 19, 2014 : Benoît DUHAZÉ & Sylvain BONIFAIT – Contribution à la connaissance des orthoptères d’Aquitaine : nouvelles données et considérations écologiques (Ensifera et Caelifera)
  • Atlas des Amphibiens et Reptiles d’Aquitaine – Matthieu Berroneau – éditions Cistude Nature, 2014
  • Coléoptères d’Europe – Vincent ALBOUY, Denis RICHARD - éd Delachaux et Niestlé, 2017

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