ORNITHOLOGIE : Il n’est jamais trop tard pour cocher !
Voir une espèce d’oiseau pour la première fois...
Pour un « ornitho » qui a déjà bourlingué, le fait est rare mais heureusement toujours possible : une recherche intentionnelle, ou le hasard, amène à approcher un nouvel oiseau. Pour ma part, à cet instant là, je passe d’une image dans un livre à de l’existence, à du réel à mes yeux. La bête est là ! Je capte alors sa présence, son allure, sa vie… je retiens mon souffle, tous mes sens éveillés. Il y a de l’émotion et de la joie. Je m’enrichis d’une connaissance. Mon monde s’agrandit. Je m’applique à vérifier tous les critères d’identification. L’animal animé porte avec lui tout ce que je sais déjà de lui de manière théorique (critères visuels et auditifs, répartition, migration, comportement…), mais aussi, à force d’imagination, de manière symbolique. L’oiseau sans frontières amène une ambiance. Il représente une contrée géographique, un habitat naturel, des migrations, une saison, une météorologie même. L’oiseau, rangé dans un livre - livre qu’il faut avoir la chance de posséder - est aussi "culture". Mais voir l’oiseau, dans le vent frais du matin, change tout ! Finalement, cette espèce existe bien réellement ! L’oiseau existe, d’ailleurs, absolument sans moi, sans mon regard (et même sans le moindre « observateur-descripteur »). Cette belle rencontre, cette reconnaissance, comme un étonnant échange, semble plutôt vivifier ma propre existence…
Photographie : N.PINCZON, 47-Bruch, Plongeon imbrin (Gavia immer), immature, 01 février 2020. En Lot-et-Garonne, l’espèce avait déjà été observée en janvier et février 2010 au lac du Brayssou à 47-Tourliac (Michel Hoare et David Lambottin, FAQ). Merci à François Guillmot pour avoir signalé la présence de l’espèce dans le réseau des ornithos locaux. Les 2 photos ci-dessous représentent le même individu.
L’espèce, de la famille des Gaviidés, est boréale et nidifie en Islande, au Groenland, au Canada (c’est le « Huard » des Québécois !)…. Elle hiverne le long de la côte atlantique, des îles Britanniques jusqu’à la Méditerranée. Elle est plus rare sur les étendues d’eau dans les terres (Lacs, fleuves lents…). Le Plongeon imbrin est un oiseau aquatique, plongeur, piscivore. Ses cris sont comme des rires étranges. Son chant, une longue plainte ululée, est très impressionnant, mais je ne l’ai entendu que sur xeno-canto.org. Ce chant est parfois utilisé dans les bandes sonores des films nord-américains, en tant qu’ambiance type "grands espaces sauvages". Comme rien n’est idéal en réalité, l’individu observé le 01 février était devant une gigantesque tonne de chasse, devant laquelle flottaient bêtement plus de 150 oies et canards en plastique… Cet oiseau est protégé par la loi et n’est pas soumis à autorisation de tir par dérogation. Je souhaite que l’oiseau ne soit pas confondu par les chasseurs avec un Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo), dont il a quasiment la taille et l’allure, et qu’il ne se prenne une gerbe de plomb ! En effet, à la demande de la Fédération de pêche 47, la préfecture du Lot-et-Garonne autorise le tir de 500 Grands Cormorans par an sur le département, bien qu’espèce, elle aussi, protégée par la loi. Je ne suis pas certain qu’il y ait un guide ornitho dans la cabane des chasseurs-pêcheurs…
Bibliographie :
– GÉROUDET P., éditions mise à jour par CUISIN M.- LES PALMIPÈDES D’EUROPE – éd Delachaux et Niestlé, 1999
– ISSA N., MULLER Y. – Atlas des oiseaux de France métropolitaine, nidification et présence hivernale – Volumes 1 & 2 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
– SVENSSON L., MULLARNEY.K, ZETTERSTRÖM.D - Le guide ornitho – Le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient - éd Delachaux et Niestlé, 2015
BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST