BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST

ORNITHOLOGIE : L’Alouette des chants

L’Alouette des champs (Alauda arvensis), une espèce en extase dans le ciel…

Photographie : Nicolas PINCZON – Alouette des champs (Alauda arvensis), 47-Durance, 02 juin 2019.

La famille des Alaudidés occupe des habitats ouverts de type steppiques, des dunes, des friches, des prairies et pelouses, des cultures… Les espèces de cette famille aiment ces zones ouvertes à la végétation plus ou moins rase, soumises aux 4 vents et plombées par le soleil de l’été.
Dans la vallée de la Garonne et sur les coteaux voisins, au moins 4 espèces sont observables. Lors de la période de reproduction, l’Alouette des champs (Alauda arvensis) y est assez localisée, et les densités restent modestes dans les friches, les prairies. L’Alouette lulu (Lullua arborea), à peine plus abondante, aime les coteaux exposés au sud, les zones en garrigue ouverte, les pentes à genévrier (Juniperus communis), les landes, les cultures, celle de la vigne notamment. Le Cochevis huppé (Galerida cristata) est disséminé ça et là, plus strictement dans la plaine, dans les friches rases, les carrières. Enfin, plus rare, l’Alouette calandrelle (Calandrella brachydactyla), lors des passages en migration est parfois observée dans les cultures et les prairies rases.
Ces espèces subissent la dégradation des habitats agricoles. Les populations sont en nette baisse depuis quelques décennies. En France, pour les oiseaux spécialistes agricoles, comme les alouettes, une perte de – 32% en une dizaine d’années (Jiguet et al, 2016, voir la biblio). En Grande-Bretagne, afin de mesurer la qualité des campagnes, l’indice de « skylark » (= Alouette du ciel) a été inventé ! Des points d’écoute définissent les densités de l’Alouette des champs en action dans le ciel. Un indice faible ou nul signifie donc un large paysage en agriculture intensive, où les sols sont inertes. L’oiseau devient un indicateur environnemental. Consulter également : https://lejournal.cnrs.fr/articles/ou-sont-passes-les-oiseaux-des-champs
Le chant de l’Alouette des champs est un son incontournable du printemps. L’oiseau monte dans le ciel et débite à tue-tête ses trilles, roulements et autres sifflement qui vont decrescendo. Il y a une énergie intense dans ces strophes interminables. L’oiseau est souvent invisible, haut dans les airs, sous le soleil, où il papillonne inlassablement.
« Alouette » vient d’un mot gaulois transformé en latin par « alauda » qui désignait l’oiseau. De bonne augure, cet oiseau sacré pour « nos ancêtres » symbolise l’allégresse, l’ardeur juvénile, l’élan vers la joie.
Les oiseaux ont probablement une performance supérieure à percevoir les sons et à détailler les images, si on la compare à nos capacités humaines. Leur système sensoriel est nerveux, ultra-rapide. Cette dextérité d’analyse leur permet de « compresser » de l’information sonore. Si les débits rapides de certains signaux sonores nous les font paraître confus, les oiseaux perçoivent probablement des signaux plus « cool ». Ainsi, il est possible de ralentir des enregistrements, pour que nos cerveaux, lents, aient le temps d’y comprendre quelque chose. Voici 2 enregistrements :
1/Chant de l’Alouette des champs au rythme réel :
Auteurs : Bernard FORT et Jean-Claude ROCHÉ.

2/ Chant de l’Alouette des champs ralenti de 2 octaves (ou 4x plus lent) :
Auteurs : Bernard FORT et Jean-Claude ROCHÉ.

« Ralentie, on tâte le pouls des choses, on y ronfle, on a tout le temps, tranquillement, toute la vie,
On gobe les sons, on les gobe tranquillement, toute la vie,
On vit dans son soulier,
On y fait le ménage,
On a plus besoin de se serrer,
On a tout le temps,
On déguste, …/… »
La ralentie, extrait. Henri MICHAUX
En ce qui concerne les sons de la nature, les chants des oiseaux, la poésie, la musique… je ne peux que fortement conseiller une balade sur le site internet de Bernard FORT, la « Grive solitaire » . Très beau mélange scientifique, poétique et humoristique. Quelle belle pertinence, quelle richesse ! N’oubliez pas de mettre les haut-parleurs sur « on » ou le casque sur les oreilles : http://bernardfort.com/
Consulter également le site des éditions FRÉMEAUX ET ASSOCIÉS (la Librairie Sonore), pour vous informer sur le tout récent ouvrage de Jean-Claude ROCHÉ, audio-naturaliste : DIALOGUES AVEC BERNARD FORT ET LES OISEAUX :
https://www.fremeaux.com/index.php?option=com_virtuemart&page=shop.browse&category_id=84&Itemid=-1
Enfin, un interview de Bernard FORT est consultable à : https://www.youtube.com/watch?v=LmFBpptAJXw
Je reste toujours un peu pessimiste… à force de chanter aux enfants « Alouette je te plumerai », j’ai bien peur que notre modèle agricole intensif toujours en perspective et la chasse importante dont l’Alouette des champs fait encore l’objet dans le Sud-Ouest (pour maintenir une tradition dépassée) ne fasse de cet oiseau commun et joyeux une triste rareté !

Bibliographie :
BIRKHEAD T. – L’Oiseau et ses sens – éd Buchet Chastel, 2014
JIGUET F., GONZALEZ D., ANDRADE C., FONTAINE B. – STOC et SHOC : des nouvelles des suivis d’oiseaux communs coordonnés par le Museum – ORNITHOS 23-3, Mai-Juin 2016

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