ORNITHOLOGIE : les 2 « têtes pointues » du Lot-et-Garonne
Deux espèces d’Acrocephalidés se partagent les habitats de la vallée de la Garonne durant la saison de reproduction…
Dans les petits passereaux, la famille des Acrocephalidés comprend au moins 14 espèces en Eurasie. Ce nom de famille vient du fait que la forme de la tête est caractéristique, très allongée, au front fuyant, se terminant par un bec pointu.
Les représentants de cette famille occupent des habitats bien définis. En général, il s’agit de zones herbacées buissonnantes plus ou moins humides : friches, haies, mégaphorbiaies, roselières...
Dans le Sud-Ouest, jusqu’à 5 espèces de Rousserolles, Phragmites et Hypolaïs sont régulièrement observés, soit en migration, soit en nidification.
Plus précisément, dans le Lot-et-Garonne, en période de nidification, 2 espèces assez proches en termes de classification et donc sur des aspects morphologique et biométrique, se partagent le territoire. Mais, en ce qui concerne leurs habitudes écologiques, il y a une nette nuance dans le choix des habitats pour ces 2 espèces. Choix qui semble ainsi exclure toute compétition interspécifique.
L’Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta) est nettement un oiseau de zones plus sèches, composées de ronciers, haies, petits arbustes (Saules, Frênes, Chênes…), très thermophiles. L’oiseau, aux teintes dominantes brune et jaune, inspecte les feuilles pour y capturer les insectes. Sur le plan acoustique, le mâle chante bien en évidence, de longues strophes, un gazouillis intense, du haut débit ! Il insère au milieu de ce fouillis sonore, des imitations d’autres espèces, comme de l’Hirondelle rustique (Hirundo rustica), du Moineau domestique (Passer domesticus), ou le cri d’alarme du Merle noir (Turdus merula) notamment.
Photographie : Nicolas PINCZON – Hippolais polyglotta, au sommet d’une haie de ronce, le long d’une prairie de pâture, sur un Ormeau mort, le 14 mai 2016, 47-FOULAYRONNES
Son : Stanislas WROZA – Hippolais polyglotta, 08 mai 2020, Yvelines, France – Source : xenocanto.org
La Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus) est un oiseau spécialisé des roselières, de la végétation palustre, nettement aquatique. Elle s’installe typiquement dans les phragmitaies (Phragmites australis). Elle apprécie autant la phragmitaie pure que des bordures où se rajoutent quelques Saules. L’oiseau, aux teintes dominantes brun-fauve et roussâtre, s’y observe plus ou moins facilement, surtout à l’aube, où elle se perche sur une tige souple et, bien concentré, chante assez discrètement. Ses émissions nasillardes sont une succession de notes grinçantes, répétés inlassablement. Cette espèce est souvent parasitée par le Coucou gris (Cuculus canorus).
Si le terrain si prête, la Rousserolle effarvatte et l’Hypolaïs polyglotte peuvent parfois être très proche l’un de l’autre, des territoires peuvent être distant de quelques dizaine de mètres seulement, et les chants sont alors entendus simultanément. Mais, quoi qu’il en soit, chacune des 2 espèces occupera respectivement que l’habitat pour lequel il est adapté et lui seul, n’empiétant jamais sur celui de l’espèce cousine...
Rousserolles et Hypolaïs sont de grands migrateurs, qui rejoignent les savanes et marécages de l’Afrique subsaharienne entre les mois d’octobre et d’avril.
Photographie : Nicolas PINCZON – Acrocephalus scirpaceus, au cœur d’une phragmitaie, dans un marécage, les « pieds dans l’eau », le 23 avril 2020, 47-VILLETON
Son : Olivier SWIFT – Acrocephalus scirpaceus, 04 juin 2017, Loire-Atlantique, France – Source : xenocanto.org
Bibliographie :
– Les Passereaux d’Europe – Paul Géroudet, éditions mise à jour par Michel Cuisin – Tome 1 & 2 – éd Delachaux et Niestlé, 2010
– Le guide ornitho – Le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient – L.Svensson, K.Mullarney, D.Zetterström – éd Delachaux et Niestlé, 2015
BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST
