ORNITHOLOGIE : Réguler la démographie d’un oiseau opportuniste…
Deux nouvelles contraintes pour la population du Goéland leucophée (Larus michahellis) dans le Lot-et-Garonne
Photographie : Nicolas PINCZON – Larus michahellis, adulte sur un site de reproduction, le 20 avril 2015, 47-AGEN
Le Goéland leucophée (Larus michahellis) niche dans le département du Lot-et-Garonne : voir l’article du 24 juin 2019 sur ce même blog.
D’origine plutôt méditerranéenne et atlantique (Italie, Espagne, Sud-Ouest de la France) l’espèce a colonisé les grandes vallées fluviales françaises de manière assez récente (depuis un peu plus de 40 années).
Cette espèce s’adapte avant tout aux activités humaines et profite de la pêche intensive, de l’agriculture intensive, de l’élevage industriel de volailles, des retenus d’eau artificielle, des décharges à ciel ouvert…
Occasionnellement prédateur sur les colonies d’oiseaux (il peut capturer des poussins, manger des œufs), il reste à la base un « nettoyeur-charognard » des habitats aquatiques.
Dans le département, si les effectifs observés de Goéland leucophée sont parfois assez impressionnants, avec de longs vols le soir au-dessus du fleuve en direction des dortoirs, il faut savoir que la structure démographique de la population qui sillonne la vallée de la Garonne, semble très jeune. En effet, lors des observations de groupes importants, l’essentiel des oiseaux est immature. Les oiseaux ont alors moins de 4 ans et ne se reproduisent pas encore. Si quelques couples d’adultes peuvent nicher sur des retenues d’eau artificielles ou des gravières, la colonie la plus importante reste celle de la ville d’Agen. Il ne me semble pas qu’elle est été estimée. Je ne sais pas si elle dépasse 40 couples !
Evidemment, cette population Lot-et-Garonnaise fait partie d’une vaste population fluviale, de la Haute-Garonne à la Gironde. Notons également que cette espèce « navigue » sans problème et que les longs déplacements sont faciles pour elle. Il y a, assez certainement, un fort « brassage » d’individus des Pyrénées, voire de la mer Méditerranée, à l’océan Atlantique.
En Lot-et-Garonne, la principale colonie de reproduction, sur les toits de la ville d’Agen, est stérilisée depuis le printemps 2018. La population est « sous-contrôle » démographique, et les échecs successifs de la reproduction peuvent éventuellement amener les oiseaux reproducteurs à déserter plus ou moins les lieux.
Le site d’enfouissement des ordures ménagères sur la commune de 47-Nicole est en cours d’arrêt de son activité, et plus aucun déchets organiques ne seront accessibles pour les oiseaux très prochainement. C’était un haut lieu de rendez-vous avec plusieurs centaines de Goélands souvent réunis pour fouiller les déchets, jusqu’à plus de 1000 individus en hiver. L’espèce était, selon la saison, en compagnie des Goélands bruns (Larus fuscus), des Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des Milans noirs (Milvus migrans), des Héron Garde-bœufs (Bubulcus ibis), des Bergeronnettes grises (Motacilla alba), des Cigognes blanches (Ciconia ciconia), et même parfois d’un Vautour fauve (Gyps fulvus)…
Je note que la baisse sévère de la population de Grande Alose (Alosa alosa) en reproduction sur la Garonne, ne laisse plus, comme autrefois, un nombre important de poissons morts après les accouplements. C’est probablement une baisse de ressource alimentaire printanière pour le Goéland depuis une dizaine d’années.
Le suivi de la population de Goéland leucophée de la vallée de la Garonne reste intéressant à observer. Il est probable qu’en quelques années les effectifs nicheurs baissent, si aucune ressource alimentaire importante ne vient se substituer à celle de la décharge à ciel ouvert de Nicole et si aucun site fiable de reproduction ne peut remplacer celui d’Agen. Mais la vigueur démographique de l’espèce, largement distribuée sur la vallée, permettra toujours de les observer !
Notons d’ailleurs que cette espèce est assez facile à mettre correctement dans les jumelles, et que ses divers comportement sociaux, pour ceux qui aiment l’éthologie, sont passionnants ! Le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik en a même eu fait un sujet d’étude !
Photographie : Nicolas PINCZON – Larus michahellis, couple adulte mangeant un cadavre de Silure glane (Silurus glanis), le 27 juillet 2016, 47-BOÉ
Photographie : Nicolas PINCZON – Larus michahellis, vol d’un groupe au-dessus de la vallée du Lot, le 23 mai 2019, 47-AIGUILLON – Effectif ? Exactement 185 individus !
Bibliographie :
Issa N., Muller Y. – Atlas des oiseaux de France métropolitaine, nidification et présence hivernale – Volumes 1 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine – LPO Aquitaine et Collectif faune-Aquitaine.org – éd Delachaux et Niestlé, 2015
Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées –Nature Midi-Pyrénées – éd Delachaux et Niestlé, 2012
Vansteenwegen Ch. - Histoire des oiseaux de France, Suisse et Belgique, l’évolution des populations, le statut des espèces - éd Delachaux et Niestlé, 1998
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