BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST

ORNITHOLOGIE : L’oiseau roseau…

Le Blongios nain, un oiseau cryptique dans la végétation aquatique

Au bord des étangs, des lacs, dans les marais, le long des estuaires, les phragmitaies (Phragmites australis) sont des habitats tout à fait particuliers. Ces plus ou moins grands espaces, comme de vastes champs de longs roseaux verts pâles qui baignent dans l’eau, constituent un habitat aquatique exceptionnel pour une foule d’espèces animales et végétales. En hiver, ces étendues de roselières dans le paysage, deviennent comme de longs pelages roux-fauves. C’est un refuge, une ressource alimentaire pour beaucoup d’espèces spécialistes. L’avifaune du paléarctique a su investir cette végétation intense qui a colonisé bien des territoires humides après la fin des glaciations du Pléistocène.
Par un matin du mois de mai, dans la vallée de la Garonne, sous un soleil timide, et alors que j’étais à écouter les Rousserolles effarvattes (Acrocephalus scirpaceus) qui doucement chantaient dans le vent, j’ai pu remarquer un étrange roseau qui pointait son bec vers le ciel… un Blongios nain (Ixobrychus minutus) !! Un mâle bien déterminé à passer inaperçu… seulement voilà… c’est comme si je l’attendais ! Un habitat aussi typique, même restreint, suggère toutes les espèces qui vont avec… un ornitho anticipe souvent ce qu’il peut voir ! Ce matin-là, toute mon attention était dédiée aux espèces des roselières. Le voilà donc vite repéré, l’oiseau discret ! C’est un Ardéidés (famille des Hérons, Aigrettes, Butors) modeste (50 à 58 cm d’envergure, moins de 200g pour la masse), qui vient passer l’été en Eurasie dans les zones les plus fournies en Phragmites australis. C’est un petit cousin du Butor étoilé (Botaurus stellaris). En France il est nicheur régulier dans toutes les vastes zones marécageuses comme la Camargue, la Dombes, en Brenne, sur la côte Landaise, le lac de Grand-Lieu, les grands estuaires, les marais du Nord et de l’Est… Il est peut-être plus occasionnel ailleurs, mais constitue par-ci par-là, quelques petites populations isolées. A l’instant, là, une belle rencontre !
Photographie : N.PINCZON – Blongios nain (Ixobrychus minutus) – Mâle – Lot-et-Garonne – 08 mai 2021

L’oiseau n’est rien sans son habitat (et inversement). Ce décor est son existence. A chaque nom d’oiseau me vient l’idée indissociable d’une structure paysagère avec ces caractéristiques végétales, minérales, hydrologiques, climatiques… Ainsi je suppose une espèce avant de l’observer. Une vieille chênaie n’est rien sans la Sitelle torchepot (Sitta europea). Une prairie naturelle bordée de haies de ronces n’est rien sans la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio). Une rivière qui serpente aux aléas des crues et des décrues n’est rien sans l’Hirondelle de rivage (Riparia riparia). Un grand champ (de pierres) type steppique n’est rien sans l’Œdicnème criard (Burhinus oedicnemus). Le vaste espace pélagique océanique n’est rien sans l’Océanite tempête (Hydrobates pelagicus), etc…
Le lien entre l’espèce et l’habitat est étroit, évolutif. Un habitat (ou biotope) fournit la quiétude, l’alimentation, l’endroit (souvent très précis) pour construire un nid… mais aussi constitue le lieu de rencontre pour les individus d’une population. C’est aussi une structure sociale pour les espèces. Les dimensions de l’habitat définissent la viabilité d’une population.
Pour les oiseaux migrateurs, il est étonnant de voir comment ils arrivent, après un long voyage en plein ciel, et pour se reposer, à retrouver la structure habitationnelle qui leur convient parfaitement. Un fragment d’habitat peut accueillir certaines espèces en transit. Il est possible d’imaginer comment, vu du ciel, l’oiseau peut mettre à profit tous ses sens pour trouver le lieu de sa pause : scintillement de l’eau, parfum, sonorité, émissions ultra-violettes spécifiques… Quelque chose qu’ils connaissent bien les attire !
Redonner sa chance à une belle biodiversité, c’est reconstituer des réseaux d’habitats naturels de qualité. Pour certains habitats liés aux activités humaines, notamment agricoles ou forestières, la qualité écologique peut être associée à une qualité économique (mais peut être pas une économie totalitaire comme nous la connaissons). Absolument tous les territoires devraient considérer ce genre de propos. Même les plaines actuellement très fortement dégradées par l’agriculture intensive.
Les roseaux frémissent dans le vent. Le Blongios nain a disparu. Observation furtive, si émouvante...
Bibliographie :
–  GÉROUDET P., éditions mise à jour par OLIOSO G.- GRANDS ÉCHASSIERS, GALLINACÉES, RÂLES D’EUROPE – éd Delachaux et Niestlé, 2009
–  ISSA N., MULLER Y. – Atlas des oiseaux de France métropolitaine, nidification et présence hivernale – Volumes 1 & 2 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
–  SVENSSON L., MULLARNEY.K, ZETTERSTRÖM.D - Le guide ornitho – Le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient - éd Delachaux et Niestlé, 2015
–  THEILLOUT A. & Collectif faune-aquitaine.org – Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine – LPO Aquitaine, Delachaux & Niestlé, 2015

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