ORNITHOLOGIE : Doux liens familiaux
Il y a quelque chose d’apaisant à observer les Grues cendrées…
Photographie : Nicolas PINCZON – Grus grus – 40 LUBBON - Décembre 2022
Approcher un groupe de Grues cendrées (Grus grus) est maintenant relativement facile. L’espèce reste farouche mais sa protection depuis 1976, son classement en Annexe 1 de la Directive Oiseaux Habitats de l’UE, les mesures de sauvegarde dans les divers pays européens où elle se reproduit (Suède, Pologne, Allemagne…) ont redonné un peu d’assurance à ces groupes en hivernage dans le Sud-Ouest (environ 70 000 individus séjournent dans les Landes de Gascogne en décembre-janvier). Seule la population de la sous espèce Grus grus archibaldi, dite Grue cendrée du Caucase, plus méridionale, qui niche notamment sur les hauts plateaux en Turquie (Anatolie), en Géorgie, en Russie et au Kazakhstan, c’est considérablement réduite et est sérieusement menacée. Mais il y a un contraste étrange : L’espèce émane une belle sensation de sauvagerie. On pense aux tourbières finlandaises, aux vastes clairières marécageuses au milieu des immenses forêts de conifères et de bouleaux où elle habite en été. Sur le plateau Landais où les groupes viennent passer la saison des jours courts, le paysage est tout autre. La forêt n’est qu’une monoculture de jeunes Pins bien rangés et la clairière une chaume de monoculture de maïs irrigué. Les oiseaux ont appris à éviter les rampes d’irrigation gigantesques installées en permanence et qui propulsent de l’eau tout l’été sur la céréale Zea mays à perte de vue. Immenses propriétés privées et clôturées, hangars en parpaing gris, énormes cuves à azote ammoniacal liquide… l’ambiance est industrielle. La Grue cendrée vient glaner le grain sur les épis oubliés par les machines lors de la récolte d’automne. Cependant, et c’est ce qui donne envie à un ornitho de prospecter ces lieux monotones, l’oiseau apporte de la vie. Sur ces zones de gagnage, les Grues se retrouvent, crient, dansent... La communication acoustique est particulièrement sonore ! Croûûûû ! Croûûûû ! Croûûûû ! En marge des groupes les plus bruyants (de parfois quelques centaines d’individus), on observe, plus calmes, les familles. Ce sont des couples accompagnés de un ou deux jeunes. Ceux-ci sont soit de l’année (1A), soit ont deux ou trois ans (2A, 3A). Les 1A ont la tête roussâtre, le plumage gris clair et les plumes ornementales des rémiges tertiaires (cubitales) réduites. Il est possible d’entendre leurs cris typiques de juvénile, aigus, un peu plaintifs, très différents de celui des adultes. Ce qui est étonnant c’est leurs liens apparents. Ces familles sont inséparables. Tout est réalisé en commun et les adultes sont perpétuellement attentifs au moindre évènement suspect aux alentours. Les immatures semblent obéissants. Quand tout est calme, il faut les observer se toiletter ensemble, dans des gestes gracieux, presque synchrones. Il y a une patience à soigner l’imposant plumage dans les rayons du pâle soleil. Les plumes c’est la vie ! C’est la capacité de voler, c’est la thermorégulation, c’est la communication visuelle (plumes ornementales). L’attention que porte chaque oiseau à son plumage est aussi méticuleuse que celle qu’il porte à tous ceux de son groupe familial. Les connivences entres individus sont flagrantes : marches ensemble, regards, frottements de bec, imitations… Il y a quelque chose d’apaisant à observer les Grues cendrées !
DE BONNES FÊTES À TOUS !
BIBLIOGRAPHIE :
– GÉROUDET P., éditions mise à jour par OLIOSO G.- GRANDS ÉCHASSIERS, GALLINACÉES, RÂLES D’EUROPE – éd Delachaux et Niestlé, 2009
– DEOM. P – LA HULOTTE – N°56 et 57
– THEILLOUT A., BESNARD A., DELFOUR F., & BARANDE S. - Atlas des oiseaux migrateurs et hivernants d’Aquitaine. Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques. MNHN - LPO, 2020
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