BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST

BOTANIQUE : Roi des Aulnes ? Roi des Elfes ?… Roi des cours d’eau !

Une espèce d’arbre qui habite les berges des cours d’eau et constitue d’authentiques forêts longilignes…

Photographie : Nicolas PINCZON – Aulne glutineux (Alnus glutinosa) – 20 août 2016 - Racines d’apparence reptilienne – 47 Moulin de Sainte Catherine sur la Gélise

Photographie : Nicolas PINCZON – Aulne glutineux (Alnus glutinosa) – 20 août 2016 – Feuille et jeune fruit – 47 Moulin de Sainte Catherine sur la Gélise

Les rivages des cours d’eau sont étonnamment riches. Comme tous les habitats à la jonction de deux mondes. C’est l’effet lisière ou l’effet d’écotone. La terre, la roche, l’humus, le limon viennent rencontrer l’eau. L’eau qui coule et roucoule, vive, froide, douce et gaie. Les rivières enflent avec les affluents qui s’ajoutent, avec les pluies qui ruissellent. Les berges sont mouvantes au gré des saisons dans un mélange des éléments. L’eau frotte et malaxe la matière. Ces espaces sont instables, chaotiques. Un mouvement perpétuel les anime. Ce sont des corridors où circule une étonnante diversité animale et végétale. Des zones annexes forment des dépressions humides, spongieuses. Il y a toujours des habitants qui vivent entre deux. Certaines espèces aquatiques : oiseaux, poissons, crustacés, insectes ont besoin des berges pour s’abriter, se nourrir. Idem pour certaines espèces terrestres : mammifères, insectes, annélides et plantes profitent des ressources de l’eau omniprésente mais également de la richesse des sols humides. Parmi celles-là, une espèce végétale, l’Aulne glutineux (Alnus glutinosa) s’est spécialisée. C’est l’arbre des ripisylves. De la famille des Bétulacés (Betulaceae, comme les différentes espèces de Bouleaux), l’Aulne a besoin de ces espaces rivulaires. Au moins 3 espèces sont observables en France en ripisylve. Citons également Alnus cordata et Alnus incana.
Photographie : Nicolas PINCZON – Aulne glutineux (Alnus glutinosa) - 26 mars 2017 – Aulne solitaire en hiver – 33 RNN du Marais de Bruges

Les aulnaies, en été, sont vertes intenses, l’ombrage du feuillage est frais. En hiver, dénudées, les feuilles étant caduques, elles émanent une belle couleur lie de vin. C’est la teinte de l’écorce des brindilles où pendent dans le vent les chatons mâles et les strobiles mûrs des femelles. A cette saison on y entend dans la canopée, les cris scintillants de groupes de Tarin des aulnes (Spinus spinus) qui s’activent pour éplucher les petits fruits en forme de « pomme de pin » où se tiennent les graines prêtent à s’échapper. Ce petit oiseau de la famille des fringillidés est nordique ou montagnard. Il migre vers les plaines où il est inséparable de cet arbre tout l’hiver, c’est une ressource essentielle pour lui. Il s’active à manipuler les fruits, son bec semble adapté à saisir la minuscule graine coincée dans les écailles sèches.
Acoustique : Dominique GUILLERME - Tarin des Aulnes (Spinus spinus). On entend aussi l’alarme d’un Rougegorge familier (Erithacus rubecula) – 06 février 2023 – 21 Le Val Larrey – Côte-d’Or, Bourgogne Franche-Conté. Source : xeno-canto.org

Eurasian Siskin (Spinus spinus)
Dominique Guillerme/xeno-canto

Les aulnaies hébergent environ 50 espèces d’insectes spécialistes de l’Aulne glutineux. Citons 2 coléoptères : la Coccinelle de l’Aulne (Sospita vigintiguttata), la Chrysomèle bleue de l’Aulne (agelastica alni). De nombreux champignons vivent spécifiquement en symbiose avec lui. L’aulne est capable de fixer l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec un actinomycète. Cet arbre est étonnant ! Ses étroites forêts sont toujours intensément vivantes. Je cherche l’épreinte de la Loutre d’Europe (Lutra lutra) sur une racine d’Aulne. J’attends qu’une Bécasse des bois (Scolopax rusticola) s’envole de la litière humide…
Photographie : Nicolas PINCZON – Aulne glutineux (Alnus glutinosa) - 13 février 2023 – Aulnaie sur l’Avance, 47 Casteljaloux

Le poète Johann Wolfgang Von GOETHE dans son poème Le roi des Aulnes, évoque, en fait, le Roi des Elfes. C’est une traduction de la langue danoise vers de l’allemand qui a transformé le Roi des Elfes en Aulne. Un père au galop dans la campagne marécageuse et nocturne, essaye d’arracher son fils aux appels intenses et envoûtants du Roi des Elfes. En vain, son enfant finit par succomber dans ses bras, emporté par ce personnage mythologique du Nord de l’Europe. Plusieurs symboliques sont proposées pour interpréter le texte écrit en 1782. L’enfant meurt d’une maladie ? C’est la mort de l’enfance, la puberté ? C’est la mort mentale d’un enfant violenté ? Seule l’ambiance du poème, rappelle les aulnaies, féeriques et étranges…
Bibliographie :
–  Pierre DEOM - La Hulotte n°51 et n°52
–  Flore de la France méditerranéenne continentale – Jean-Marc TISON, Philippe JAUZEIN, Henri MICHAUD – éd Naturalia, 2014
–  https://fr.wikipedia.org/ - Le Roi des Aulnes

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