BLOG D’UN NATURALISTE DANS LE SUD-OUEST

ORNITHOLOGIE : Le Pluvier des graviers…

Le Petit Gravelot (Charadrius dubius), un spécialiste des bancs alluvionnaires…

Photographie : Nicolas PINCZON – Petit Gravelot (Charadrius dubius) sur la piste d’une gravière, mâle probable – 24 juin 2024, 47-LAYRAC

Le Petit Gravelot (Charadrius dubius) est une des 12 espèces de Limicoles qui peuvent se reproduire en ancienne Aquitaine. Les limicoles s’y divisent en 5 familles (les Charadriidés, les Scolopacidés, les Burhinidés, les Récurvirostridés, les Haematopidés) et occupent des habitats finalement assez divers : de la forêt profonde au rivage marin, en passant par les landes, les cultures, les marais, les rivières et les fleuves. Tant qu’il y a des sédiments riches en divers organismes tel que les Annélides, les Crustacés, les Mollusques bivalves, les Insectes... Avec le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), le Petit Gravelot (Charadrius dubius) occupe les lits de rivières avec des bancs de sables ou de galets où la végétation est maigre et éparse.
C’est un oiseau pionnier, dans ce sens où il a la capacité d’investir chaque année pour se reproduire les zones alluvionnaires fraichement brassées soit par le cours d’une rivière ou d’un fleuve soit par les engins d’extraction des granulats dans les sablières en exploitation. Il aime ces espaces presque désertiques, aux doux cailloux ronds modelés par l’onde, aux micro-plages de sable ou de limon et sur lesquels ne pousse qu’une végétation clairsemée tout autant pionnière. La présence de l’eau reste importante et il côtoie les rives, les flaques et autres ruisselets qui serpentent calmement dans un relief plutôt horizontal. Ces habitats ouverts, lumineux, sont animés par tout un cortège d’oiseaux, d’amphibiens, d’insectes et de plantes miniatures dans un parfum d’eau fraiche associé à ceux caractéristiques des Saules et des jeunes Peupliers. Le minéral est omniprésent. Les nuances de teinte des galets, qui vont du blanc scintillant au gris ardoise en passant par un roux clair comme du miel donne la sensation d’une délicate œuvre de peinture sur toile, si pure. Il y a quelque chose d’originel, une simplicité : le soleil, l’eau et le caillou. Les îles que forment parfois ces habitats isolent de certains prédateurs terrestres.
Photographie : Nicolas PINCZON – Banc naturel sur la Garonne, site de reproduction du Petit Gravelot (Charadrius dubius) – Avril 2024, 47-SAUVETERRE-SAINT-DENIS

Notre oiseau est repérable souvent à son cri, un son roulé un peu dur, qui semble émaner de quelques graviers qui sonneraient entre eux. Puis, fortement mimétique, son plumage étant dans une gamme de couleurs proche du substrat où il vit, on peut le voir, comme si un galet vivant soudainement se réveillait, courir à vive allure sur le sol entre les cailloux.
Acoustique : Mats OLSSON – Municipalité de Kristianstad, Skåne län, SUÈDE – 30 mai 2020 – Charadrius dubius, chant - Source : xeno-canto.org

Little Ringed Plover (Charadrius dubius)
Mats Olsson/xeno-canto

L’espèce est migratrice et passe notre hiver en Afrique. De retour dès le mois de mars, chaque individu de la population d’un secteur (une vallée alluviale par exemple, même sur plusieurs centaines de kilomètres) doit retrouver un site suffisamment grand (au moins 1ha) qui correspond parfaitement aux exigences de l’espèce, malgré l’aspect très aléatoire de ce genre d’habitat (banc remanié par l’eau, se végétalisant, chantier d’extraction en cours…). Les mâles commencent à se manifester par leurs chants et leurs vols de parade sur les sites de reproduction enfin trouvés. Les parades au sol sont assez étonnantes, bruyantes, pleine de gestes stéréotypés (queue étalée, ailes déployées, pattes levées, mouvements saccadés) lorsque les oiseaux sont excités. Le nid est une simple excavation dans le sol, et les 4 œufs ressemblent fortement à quelques minuscules galets… L’espèce est bien spécialiste de cet environnement, elle semble s’y être adaptée à la perfection. Les poussins nidifuges sont tout autant invisibles. En 25 jours ils peuvent voler et son indépendants.
Photographie : Nicolas PINCZON – Sablière de la CMGO, site de reproduction artificiel du Petit Gravelot (Charadrius dubius) – Juin 2024, 47-LAYRAC

Photographie : Nicolas PINCZON – Petit Gravelot (Charadrius dubius) – 24 juin 2024, 47-LAYRAC

La régulation du débit des cours d’eau et la fermeture des habitats par la végétalisation reste une tendance actuelle qui limite les populations de l’espèce. Les dérangements sur les berges et les îles par les promeneurs (leurs chiens) et les pêcheurs semblent également très néfastes au succès reproducteur. Cela semble de plus en plus fréquent hélas. Dans les exploitations de granulats, c’est le passage des engins qui peut écraser les pontes ou les juvéniles non-volants. Certaines entreprises permettent à l’espèce de se maintenir en isolant momentanément des activités d’extraction par des protections, les zones de reproduction repérées chaque année sur le site. Un exemple à suivre…
Voir les publications sur d’autres Limicoles sur ce même blog :
–  Deux yeux jaunes dans un champ de cailloux (sur l’Oedicnème criard) du 08 novembre 2021
–  Le « p’tit limi » des Gaves (sur le Chevalier guignette) du 04 avril 2021
Bibliographie :
–  GÉROUDET P., éditions mise à jour par OLIOSO G.- LIMICOLES, GANGAS, PIGEONS D’EUROPE – éd Delachaux et Niestlé, 2008
–  ISSA N., MULLER Y. – Atlas des oiseaux de France métropolitaine, nidification et présence hivernale – Volumes 1 & 2 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
–  DON TAYLOR – Guide des limicoles d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord – éd Delachaux et Niestlé, 2006
–  THEILLOUT A. & Collectif faune-aquitaine.org – Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine – LPO Aquitaine, Delachaux & Niestlé, 2015

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