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Les 3 petites observations sympas de ce printemps dans la moyenne vallée de la Garonne
Parmi les multiples observations réalisées au jour le jour, et la nuit aussi, il y en a certaines qui changent un peu de l’ordinaire.
Absolument toutes les espèces sont intéressantes… et je ne me lasse pas d’observer l’Étourneaux sansonnet (Sturnus vulgaris) qui niche sous les tuiles de ma maison, car c’est une espèce vraiment étonnante !
Parfois cependant, on mesure la diversité quand brusquement une espèce plus ou moins inattendue surgit dans le téléscope. Je ne parle pas d’espèces très rares. L’observation est furtive, lointaine, parfois un peu floue (comme mes photos)… mais réelle ! Et je repars content de cette présence, de cette rencontre. Ce ne sont souvent que des oiseaux de passage, plutôt communs, mais ils se font remarquer ! C’est pour moi l’occasion de relire des textes sur ces espèces pour mieux comprendre leurs présences occasionnelles, le comportement de leurs populations, leurs phénologies de migration, leurs exigences écologiques, leurs statuts de conservation... et de réviser des critères d’identification !
Photographie : Plegadis falcinellus – Ibis falcinelle – Au dortoir des Ardéidés – 47 LAYRAC – Mai 2026 - N.PINCZON
Photographie : Saxicola rubetra – Tarier des prés – Halte migratoire dans une friche – 47 LAYRAC – Avril 2026 - N.PINCZON
Photographie : Tringa totanus – Chevalier gambette – Halte migratoire dans un champ de maïs – 47 LAYRAC – Mai 2025 - N.PINCZON
La connaissance des espèces nicheuses locales, plus ou moins bien implantées sur le territoire, reste primordiale (voir l’article « Oiseaux nicheurs dans les paysages du Lot-et-Garonne » du 09 mai 2023 sur ce même blog, page 4). Certaines disparaissent doucement. Ces espèces demandent plus d’attention et de temps que les naturalistes peuvent fournir pour les suivre. Il y a une sous-connaissance très probable de l’état des populations d’oiseaux localement. Cependant, la lente disparission des espèces fragiles peut s’observer quand on pratique beaucoup le terrain. Cela est assez désolant. Les espèces migratrices ou celles en marge de leurs aires de répartition qui apparaissent de temps en temps, lors de ces sessions de terrain, restent donc toujours de très bons instants ornithologiques !« A voix nue », une émission de Caroline Broué sur France-Culture, propose 5 épisodes en compagnie de la philosophe Vinciane Despret, diffusés du 27 avril au 1ier mai 2026…
Le lien :https://www.radiofrance.fr/francecu...Il est question essentiellement de pensées, de philosophie… mais à propos de quoi ?... à propos du vivant et de la mort qui va avec, des émotions, de la voix moyenne, de l’imagination des ornithologues, etc…
Voilà 2h30 pour écouter le beau parcours de la joyeuse philosophe et ainsi de démonter nos manières de voir l’existence des oiseaux, des éthologues, des philosophes… et de se décentrer du fonctionnement trop académique, trop politique et machiste du monde. Une empêcheuse de tourner en rond... un vrai réconfort !
Voir l’article « Habiter en oiseaux » du 04 octobre 2019 sur ce même blog (page 9)
Photographie : Cratérope écaillé (Argya squamiceps) – Yeroham National Park, Israel – Photographie issue du site : Cratérope écaillé - Faits, Alimentation, Habitat & Photos sur https://animalia.bio/fr/arabian-babblerL’étonnant comportement de dispersion de certains individus dans une population d’oiseaux peut être vu comme tout à fait marginal ou annonciateur d’un changement très progressif des potentialités de la répartition d’une espèce...
Photographie : Grèbe jougris (Podiceps grisegena) en plumage hivernal – 47 LAMONTJOIE – 26 décembre 2021 – N.PINCZON

Photographie : Grèbe jougris (Podiceps grisegena) en plumage post-nuptial – 47 DAMAZAN – 08 septembre 2020 – N.PINCZON
Le Grèbe jougris (Podiceps grisegena) est une espèce de la famille des Podicipédidés de répartition holarctique (Néarctique + Paléarctique). Il niche surtout sur les lacs de régions sub-boréale et boréale et on le retrouve essentiellement en Europe de l’Est, ainsi que dans l’ouest et le centre de l’Asie (Issa & Muller, 2015) jusqu’en Sibérie, mais également au Canada et en Alaska. Il y a des populations nicheuses également dans des latitudes plus méridionales puisque l’espèce est présente en Turquie et au Kazakhstan. Les sites réguliers de reproductions les plus proches de la moyenne vallée de la Garonne sont actuellement dans l’est de l’Allemagne et au Danemark. En France, il y a eu cependant quelques cas de reproductions (ou de tentatives de reproductions), dans le nord-est du pays, dans les départements de l’Aube (lac de la forêt d’Orient) et dans l’Yonne. Des adultes en plumages nuptiaux ont été également observés récemment en Seine-et-Marne, dans la Meuse, dans le Loir-et-Cher (faune-france.org). Il y a parfois des oiseaux estivants sur le lac Léman en Suisse. En revanche, en hiver, l’espèce investie tous les espaces aquatiques du sud de l’Europe. Souvent en milieu maritime ou saumâtre, sinon sur les vastes étendues d’eau douce. Il est donc régulier en France sur la période hivernale, mais toujours en très faible densité. En ex-Aquitaine c’est sur le littoral atlantique, et plus particulièrement dans l’estuaire de la Gironde, sur les grands lacs (Lacanau) et dans le bassin d’Arcachon que l’espèce est la plus observée (Sallé, 2020). Toutes les espèces d’oiseaux ont, à la fois une répartition estivale (pour la reproduction), une répartition hivernale et utilisent des voies migratoires. Alors que la période de reproduction se déroule de mai à juillet, les Grèbes jougris non-nicheurs peuvent investir des zones hivernales de manière très précoce (dès fin juillet). Les observations de cette espèce dans le Lot-et-Garonne correspondent à ces comportements :
des observations régulières (réalisées depuis 2010) en hiver (individu seul dans des gravières ou retenues d’eau) sur les communes de Tourliac, Damazan, Puch d’Agenais, Bruch, Lamontjoie… (collectif faune-aquitaine.org)
des observations en été ou fin d’été (individu seul) en 2020 (dès le 30 août) et en 2021 (dès le 11 septembre) à Damazan (F.GUILLMOT in faune-aquitaine.org). Notons aussi un individu le 25 juillet 2017 à 33-La Teste-de-Buch (M.TAILLADE in faune-aquitaine.org).
Mais que dire de ces observations d’individus (individu seul dans des gravières ou retenues d’eau), alors que la nidification est en cours sur les zones de reproduction traditionnelles ? :
En 2018 à Grateloup, du 24 avril au 02 mai (G.CHABOT in faune-aquitaine.org) = 1 individu seul, en plumage nuptial, très actif. Il s’agit peut être encore d’une fin d’hivernage ou d’un passage en migration ?
En 2021 à Montesquieu, du 22 au 30 mai (E.DUMAIN, G.CHABOT, T.BAREYRE, N.MOKUENKO in faune-aquitaine.org) = 1 individu seul, en plumage nuptial "imparfait", immature probable.
En 2024 à Montesquieu, le 17 juin (F.PÉPIN in faune-aquitaine.org) = 1 individu seul, mâle (mâles ? le dimorphisme sexuel n’est pas ou peu marqué) en plumage nuptial, immature probable.
En 2025 à Layrac, le 24 mai (N.PINCZON, obs personnelle) = 1 individu de sexe indéterminé en plumage nuptial, particulièrement actif, criant et harcelant les quelques Grèbes huppés (Podiceps cristatus) présentes.
Photographie : Grèbe jougris (Podiceps grisegena) en plumage nuptial – 47 LAYRAC – 24 mai 2025 – N.PINCZON
Il y a toujours des individus qui ne font pas, à priori, comme les autres… mais comment interpréter cela ? Pour le Grèbe jougris, cela est plutôt contre intuitif puisque nous sommes en période de réchauffement climatique alors que l’espèce est plutôt de répartition septentrionale. A contrario, l’espèce connait bien le sud de l’Europe, puisque ce sont ses zones d’hivernage régulières. Et de même, des populations nicheuses existent à des latitudes méridionales en Turquie notamment, bien que dans des contextes probablement différents (continentalité, altitude..).
Pourquoi ces individus observés en Garonne moyenne, ne repartent pas en migration vers le Nord-Est au printemps ? Est-ce un phénomène constant ? Il y a-t-il une récurrence de l’espèce à pratiquer l’estivage ou est-ce le fait que de rares individus ? (en Lot-et-Garonne, est-ce un seul et même individu qui stationne sur ce territoire en passant de gravières en gravières ? (Les distances entre la gravière de Montesquieu et les 2 autres sont de 18 km (Grateloup) et 34 km (Layrac)). Est-ce l’immaturité des individus qui les retient sur des zones où il n’y a pas de populations reproductrices ? Ce qui permet de ne pas rentrer en compétition alimentaire intraspécifique sur les zones d’élevage des juvéniles ? La phénologie de migration est-elle mal connue ? Des individus très nordiques arrivant plus tard sur les sites de reproduction ? On peut se poser la question aussi de la dynamique des populations reproductrice de cette espèce actuellement ? Peut-être est-elle en expansion ? Ce qui demande de stationner dans de nouvelles régions…
Il y a toujours des grandes lignes dans les comportements qui sont observés par les naturalistes, mais il y a toujours aussi une marge qui fluctue… et rien n’est figé ! C’est sans doute le petit côté créatif des espèces. Tout n’est pas aussi carré qu’on voudrait bien le croire et les normes ont leurs limites ! Des individus cherchent, inventent ! Certaines espèces dynamiques ont des capacités pionnières. Il est observé que, depuis environ 25 ans, certaines espèces asiatiques sont en train de modifier leurs comportements migratoires et leurs zones d’hivernages en déviant vers l’ouest. Le Pouillot à grands sourcils (Phylloscopus inornatus), Le Pipit de Richard (Anthus richardi), le Busard pâle (Circus macrourus), voire le Bruant nain (Emberiza pusilla) sont quelques exemples. Sur cette même période approximative, notons la reproduction du Cygne chanteur (Cygnus cygnus) dans les Dombes (Ain), ce qui est très étonnant pour cette espèce sub-boréale et boréale. Citons aussi la nidification marginale de l’Aigle pomarin (Clanga pomarina) en Franche-Comté (Doubs) et celle du Busard pâle (Circus macrourus) dans le Pas-de-Calais et dans les Deux-Sèvres...
Certaines espèces, retenues dans des zones de refuge en Fennoscandie peuvent reconquérir des secteurs perdus et des individus qui découvrent des nouvelles zones soit d’hivernages plus à l’ouest, soit de haltes migratoires peuvent finir par les adopter pour tenter de s’y reproduire. Il est possible de citer la Cigogne noire (Ciconia nigra) comme l’une d’entre elles mais aussi le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), le Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla). Encore faut-il que les exigences écologiques des espèces, sur les nouveaux sites, conviennent.
Cela dit, ce n’est pas l’observation étonnante d’un (ou de quelques) Grèbe jougris au mois de mai-juin en Lot-et-Garonne qui va bouleverser les connaissances sur un éventuel changement de répartition de l’espèce ! Mais, ces donnée éparses et originales restent toujours intéressantes sur du long terme. Un cumul d’informations permet de comprendre ces processus et leurs temporalités. Acceptons la marginalité ! Alors continuons patiemment à saisir toutes nos données de terrain sur les divers portails en ligne disponibles ! Espérons que les ornithologues du futur y trouveront des sujets passionnants !
Bibliographie :
Collectif faune-aquitaine.org
Dubois Ph,J., Luczak Ch., Reeber S. – Analyse tendancielle de 43 espèces occasionnelles en France (1981-2015) – Ornithos 25-5 (n°133), Sept-Octobre 2018
ISSA N., MULLER Y. – Atlas des oiseaux de France métropolitaine, nidification et présence hivernale – Volumes 1 & 2 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
THEILLOUT A., BESNARD A., DELFOUR F., & BARANDE S. - Atlas des oiseaux migrateurs et hivernants d’Aquitaine. Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques. MNHN - LPO, 2020Jean-Claude ROCHÉ, l’art de capter le chant des oiseaux
Les nuits de France Culture - Émission de Pascale MONS et Marie-Laure CIBOULET diffusée en février 1998, février 2015 et janvier 2026. Le lien : https://www.radiofrance.fr/francecu...
Jean-Claude Roché (1931-2025) est passionnant à écouter. C’est un pionnier en France de la vulgarisation des connaissances sur les chants et les cris des oiseaux. Son discours est un mélange d’expériences ornithologiques intenses sur le terrain et de connaissances scientifiques sur les capacités acoustiques de l’avifaune alors connues sur cette période des années 1950-60-70-80. La dimension technique dans ce témoignage radiophonique est également intéressante…les moyens d’enregistrement sur le terrain de son époque n’étant pas aussi aisés qu’aujourd’hui. Il s’en dégage un récit émouvant, poétique et très enrichissant…
Voir également le site oiseaux.net https://www.oiseaux.net/dossiers/je...
Les disques CD de Jean-Claude ROCHÉ sont encore en vente (aux éditions Sittelle) et notamment à la librairie sonore Frémeaux & associés (https://www.fremeaux.com/fr/23-sons...) à la page « Sons de la nature »
Bonne écoute !L’art de vivre en équilibre...
entre 2 âges…
entre 2 amours…
entre 2 boulots...
entre 2 politiques (commerciales et agricoles)…
entre 2 lignes SNCF et LGV (et 1 autoroute)…
entre 2 guerres…
entre 2 mondes…
Photographie = Nicolas PINCZON - Petronia petronia – Moineau soulcie et Streptopelia turtur – Tourterelle des bois, 47-ANTHÉ, Bénès - Pech de Lamoulère – 19 juillet 2018

Le Moineau soulcie - Petronia petronia est un oiseau de la famille des Passéridés, tout comme le Moineau domestique - Passer domesticus ou le Moineau friquet - Passer montanus. Ce moineau est cependant moins connu du grand public. Peut-être parce qu’il est beaucoup plus spécialisé, notamment en termes d’habitats. Il a donc une répartition plus hétérogène. Dans le Sud-Ouest, c’est une espèce des plateaux calcaires ensoleillés et secs, avec de vastes cultures de céréales et d’oléagineux. Bien qu’essentiellement granivore il est dépendant, au printemps et en été, d’une alimentation à base d’insectes (notamment d’Orthoptères). Il loge son nid dans les vieux murs de pierres des églises, châteaux, remparts et autres bâtisses dans les petits villages. Il niche aussi parfois en milieu naturel dans des falaises. Il a la particularité d’occuper également les pylônes électriques à moyenne-tension, plus précisément dans les structures métalliques en carré qui soutiennent les fils. Il est étonnant de savoir qu’il peut alors supporter les ardeurs du soleil dans ces tubes métalliques qui doivent sacrément chauffer certain jours d’été ! L’espèce est dite paléoxérique (c’est-à-dire qu’elle vit « dans des zones arides de l’ancien monde ») et méditerranéo-montagnarde (c’est-à-dire qu’elle est méditerranéenne pour la chaleur et montagnarde pour l’aridité des habitats). On le retrouve d’ailleurs sur certaines pentes arides des Alpes et des Pyrénées, en versants orientés au sud, autant que sur toute la zone calcaire méditerranéenne et atlantique. L’espèce est commune dans la péninsule Ibérique. Il montre probablement quelques mouvements de dispersion mais il reste observable toute l’année sur les sites de reproduction. Son petit cri de contact, nasillard, est très facile à repérer...
Acoustique = Thierry THOMAS, Petronia petronia – Moineau soulcie, 34-LODÈVE, Occitanie, France, 16 mai 2025, source xeno-canto.orgRock Sparrow (Petronia petronia)L’espèce se rencontre dans le Lot-et-Garonne essentiellement dans les coteaux à l’est du département, dans la zone du Quercy. Dans ces zones rurales, on peut se poser la question de la survie à long terme des populations de l’espèce, dans un contexte de réchauffement climatique et d’intensification des pratiques agricoles industrielles utilisant des intrants chimiques…
Photographie = Nicolas PINCZON, Petronia petronia – Moineau soulcie, 47-ANTHÉ, Bénès - Pech de Lamoulère, 19 juillet 2018
Bibliographie =
Atlas des oiseaux de France métropolitaine - Nidal ISSA et Yves MULLER - volume 2 - éd Delachaux et Niestlé, 2015
Handbook of Western Paleartic Birds - Vol 2 : Passerines, Flycatchers to Buntings - Hadoram SHIRIHAI & Lars SVENSSON - éd, Christopher HELM - London, 2018
Les moineaux - G.OLIOSO - éd Delachaux et Niestlé, 2017Le petit coup d’œil du naturaliste de terrain…
Dessin de Robert Hainard – Moyen-duc (Hibou moyen-duc – Asio otus) Genève 30 juin 1955, croquis - Dessin extrait de « Les oiseaux de Robert Hainard » – les rapaces nocturnes, Marie Madeleine Defago Paroz, Fondation Hainard

Le philosophe Baptiste Morizot, dans la promotion de son dernier ouvrage, Le regard perdu – À l’origine de l’art pariétal animal – éditions Actes Sud, 2025, nous parle du « jizz ». Il s’agit de la manière d’appréhender la présence d’une espèce animale précise d’un simple regard. Les interviews réalisés sur France Culture le 05 novembre 2025 (https://www.radiofrance.fr/francecu...) et sur France Inter le 06 novembre 2025 (https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-06-novembre-2025-1401628) sont très intéressants et expliquent bien cette aptitude. Celle-ci dénote d’une grande habitude à côtoyer ces espèces. Chacune d’entre elles transmet une ligne, une silhouette, une teinte, un mouvement, une attitude… qui suffit en quelques secondes à un cerveau humain à savoir à qui il a affaire. C’est probablement notre lien intense avec notre environnement familier qui permet cela… c’est l’habitude d’être là, de vivre parmi la faune sauvage. Les peintures rupestres des humains du Paléolithique supérieur, dès 40000-35000 ans av JC, seraient réalisées par des artistes qui avaient cette aptitude à mémoriser les caractéristiques de chacune des espèces en un clin d’œil… ils-elles pratiquaient le « jizz ».
En tant qu’ornitho de terrain, j’utilise bien évidemment cette capacité d’identifier au « jizz ». Si les espèces sont communes je les reconnais tout de suite. Si je n’arrive pas à identifier tout à fait, si un doute se glisse dans mon regard… c’est que j’ai peut-être affaire à une nouvelle espèce peu commune à cet endroit-là et j’insiste sur cette observation afin d’arriver à l’espèce. La condition de l’utilisation du jizz est d’évoluer dans un terrain bien connu et en diurne, de l’aube au crépuscule. Les espèces qui constituent la trame de base des cortèges présents sont tout de suite identifiées.
Pour l’ordre des insectes que je maitrise, toujours avec modestie, les Orthoptères (sauterelles, grillons, criquets…) du Sud-Ouest, et après des années de capture des espèces pour identification en main, avec des critères morphologiques précis, je peux me permettre pour les espèces communes d’identifier au jizz. Une espèce se faufile dans l’herbe, stationne sur une feuille… d’un coup d’œil je peux la reconnaitre. Cependant, l’entomologie demande extrêmement de rigueur et de méthode pour arriver à la bonne espèce, avec souvent l’utilisation d’une clé dichotomique et avec manipulation méticuleuse des individus, en étant bien affublé d’une petite loupe épaisse voire d’une binoculaire. Pour certaines familles d’oiseaux (dans les Passereaux surtout) l’identification en main est aussi importante parfois. Mais, le jizz… le comportement libre… est aussi essentiel ! Le jizz c’est le vivant de l’animal. Enfin, pour les oiseaux comme pour les Orthoptères, la connaissance de l’acoustique (les cris et les chants) vient aider et souvent finaliser une identification rapide.
Tout cela me fait penser à Robert Hainard. Cet artiste suisse, peintre-animalier, sculpteur a vécu entre 1906 et 1999. Grand naturaliste, il croquait la faune et la flore sur le terrain, puis de retour dans son atelier (situé à Bernex près de Genève) réalisait une œuvre plus complète en s’inspirant aussi du souvenir de l’animal observé. Ses dessins, croquis, peintures, sculptures montrent des animaux vivants ! Ses œuvres décrivent souvent l’essentiel de l’animal, la ligne pure de sa silhouette et surtout on peut y voir, en quelques simples coups de crayon, le mouvement de l’animal, son geste, ses tics, sa manière d’être… alors l’espèce apparait !
Il faut connaître ces œuvres extraordinaires que sont les gravures de Robert Hainard… avec déjà un aperçu sur le site : https://hainard.ch/fondation/
Nous serions donc, nous les naturalistes d’aujourd’hui, dans la même expérience de terrain qu’a pu être l’être humain le plus ancestral…
Dessin de Robert Hainard – Freux (Corbeau freux – Corvus frigilegus) Genève 19 février 1929, croquis - Dessin extrait de « Les oiseaux de Robert Hainard » – les passereaux I – Marie Madeleine Defago Paroz, Fondation Hainard
Big Bang, l’émission de Christophe GALFARD diffusée le 20 septembre 2025 sur FRANCE-INTER : « Le territoire sonore des oiseaux : une exploration scientifique et poétique »
Photographie de Jiŕi BOHDAL issue du site https://naturephoto-cz.com Acrocephalus palustris – Rousserolle verderolle

Échanges intéressants avec comme invités l’éco-acousticien Jérôme SUEUR, la philosophe Vinciane DESPRET ainsi que Grégoire LOÏS ornithologue au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris. Le lien :
Le territoire sonore des oiseaux : une exploration scientifique et poétiqueA propos de l’auteur
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Animé très jeune par l’observation des animaux, je concrétise ma passion en arpentant les forêts, montagnes, rivages et autres marécages, les jumelles au cou, le carnet de notes en main, un guide d’identification toujours ouvert… à 22 ans je passe plus d’une année dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises pour étudier les Pétrels, les Prions, les Albatros, les Manchots...
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