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HABITATS : Misère dans les forêts et les campagnes…
samedi 28 décembre 2019, par Nicolas Pinczon Du Sel
Quelques approches du paysage dans le Sud-Ouest, version « atteinte à la biodiversité ». Une réalité…
Je souffre de solastalgie chronique. Arpenter la campagne et les forêts du Sud-Ouest, suggère souvent d’être capable de supporter la vision difficile des conséquences de l’action (délibérée) d’un habitant aux ambitions mortifères. Cela n’est pas la présence elle-même des humains, leurs multiples empreintes, largement visibles depuis des siècles qui pose problème. D’ailleurs, certains habitats, par l’activité agropastorale, ont toujours été dépendants de l’Homme, en quelque sorte ; l’ouverture des milieux notamment, par la présence du bétail, donne l’idée de « steppes » dans la forêt originelle. Au-delà de l’omniprésence de l’être humain, visible dans tous ces paysages, c’est son actuel « état d’esprit » absolument irrespectueux à l’égard de l’environnement, de la nature et de ses richesses qui heurte. Triste constat…
EAUX : La Garonne se réchauffe, s’évapore, sert à l’irrigation pour quelques monocultures trop exigeantes en eau, se charge en intrants chimiques (agriculture intensive, industrie, pollution ménagère), subit des crues sévères (plus que par le passé dans leurs violences), dépasse les cotes d’alerte des étiages (niveaux les plus bas) en été, ce qui augmente la turbidité et aussi parfois laisse le développement d’organismes type micro-algues par une baisse de l’oxygène (eutrophisation), ne possède que de rares bancs de graviers (favorables à de nombreux organismes aquatiques vivants) et sur la plupart de son parcours, en aval de Golfech, elle ne coule que sur la roche mère, enfin, pour achever ce noir tableau, la Garonne n’a plus un réseau conséquent d’habitats aquatiques annexes (bras morts, rives sinueuses, prairies ou ripisylves inondées, larges embouchures des affluents). Où en sont réellement toutes les populations de poissons ? Où en sont également les populations d’insectes aquatiques ?
– N.PINCZON : Centrale nucléaire de Golfech, la Garonne a « des vapeurs », 47- Agen – 26 décembre 2014
– N.PINCZON : La Garonne "verte", algues et Lentilles d’eau (Lemna sp), 47-Agen – 04 septembre 2016
– N.PINCZON : La Garonne "verte", algues et Lentilles d’eau (Lemna sp), 47-Agen – 04 septembre 2016FORÊTS : L’énergie renouvelable doit-elle détruire des habitats forestiers ou autres habitats naturels pour être ? Est-ce bien cela l’avenir ? N’y a-t-il pas d’autres emplacements moins impactant pour la biodiversité ? Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ! L’objectif est-il bien de produire de l’énergie propre ?... et non pas la rémunération et le monopole de quelques-uns ! A cela, il faut ajouter ce triste spectacle, celui de la sylviculture intensive, de la rentabilité rapide qu’elle exige, du passage du rouleau « Landais » entre les rangs de jeunes Pins maritimes, du déssouchage intense des parcelles exploitées, des sols « défoncés », du désherbage chimique avant plantation des plants de jeunes Pins…
– GEOPORTAIL : Forêt communale de 47-Pompogne vue du ciel : Environ 85 ha de panneaux solaires – Source : géoportail.gouv
– N.PINCZON : Parcelle de forêt récemment exploitée, 47-Durance – 04 mars 2018
– N.PINCZON : Dépression humide à Molinie bleue (Molinia caerulea), habitat habituellement riche en biodiversité, planté en Pins maritimes, 47- Fargues-sur-Ourbise - Aucune évaluation de l’impact sur la flore et la faune n’a été effectuée avant « travaux » - 25 mai 2018PRAIRIES NATURELLES ET LISIÈRES : La Politique Agricole Commune de l’UE ne favorise pas l’entretien des prairies naturelles ou les anciennes friches. Elles disparaissent « à vue d’œil ». Chaque année qui passe est une désolation : la charrue est passée ! La terre est labourée à perte de vue… le sol violement mis à nu, la grande diversité floristique massacrée, et avec elle des cohortes d’insectes, d’oiseaux, de micromammifères… Il est associé à cela, bien souvent, la destruction des lisières et des haies. Afin de gagner quelques malheureux mètres de maïs, de tournesol… Louer une pelleteuse quelques jours, pour un agriculteur, suffit à éradiquer l’extraordinaire zone d’interface entre deux habitats. Les lisières génèrent un « effet d’écotone », c’est-à-dire qu’il y a un cumul des richesses, pour la faune et la flore de plusieurs habitats, lorsqu’ils se côtoient. C’est la lisière, la haie, le fossé… où davantage d’espèces animales et végétales sont impliquées. Certaines espèces dépendent de ces habitats « entre-deux » : des plantes mais aussi les reptiles, certains oiseaux, beaucoup insectes…
– N.PINCZON : Labour d’une prairie naturelle (ancienne pâture), 47- Vallée de la Séoune – le 09 décembre 2016
– N.PINCZON : Labour d’une prairie naturelle (ancienne pâture), 47- Vallée de la Séoune – le 09 décembre 2016
– N.PINCZON : Travail de la terre et déherbage chimique au plus près du petit ruisseau "de bordure", 47-Layrac – 17 mars 2019
– N.PINCZON : Pelleteuse « rabotant » la lisière d’une chênaie, 47- Foulayronnes – 06 octobre 2018
– N.PINCZON : Haie arrosée à l’herbicide en plein printemps, 47- Ste Gemme Martaillac – le 21 avril 2019C’EST UN COIN DE VERDURE : L’anthropisation des zones naturelles galope. Les lotissements avec des maisons individuelles et un bout de terrain grillagé, apparaissent dans les moindres recoins : clairière en forêt, plateau calcaire avec prairie, vallons frais à prairies naturelles… Si, au moins il y avait des obligations en termes de plantation de prairies, de haies, d’arbres dans les jardins… tout cela avec des espèces locales et non plus d’ornements…
– N.PINCZON : Le solide grillage a remplacé la bonne vieille haie… Lotissement à 47-Foulayronnes – Le 01 novembre 2018ÉCODUC : Crapauds, hérissons, mustélidés, cervidés, etc… dans notre région, aucuns aménagements pour eux (type écoduc) aux endroits où ils passent plus particulièrement, dans la continuité des corridors écologiques… L’A62 (Bordeaux-Toulouse) en est dépourvue par exemple.
– N.PINCZON : Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) écrasé sur le goudron, 47-Boé – le 23 mai 2014
– N.PINCZON : Genette commune (Genetta genetta - Viverridés) écrasée sur le goudron, Portugal (mais il y a des Genettes communes parfois écrasées en Lot-et-Garonne !) – le 25 janvier 2017TRAME NOIR : Pollution lumineuse à Agen. Les ripisylves de la Garonne y sont éclairées la nuit… les arbres, le ciel, l’eau sont éblouis ! Approche esthétique ?! Que peut faire la biodiversité nocturne qui a besoin de noir pour vivre ? Sans parler des étoiles invisibles. Je conseille d’aller sur le site de l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes : https://www.anpcen.fr/
– N.PINCZON : Bord de la Garonne à minuit ! La lumière... nuit grave ! Et ce n’est pas parce-que c’est Noël !!, 47-Agen – Le 24 décembre 2019SILENCE : Le silence est rare ! Tronçonneuses, routes et autoroutes, tracteurs, quads, motos, avions… C’est indéniable, se poser pour écouter la nature devient…. compliqué ! Le bruit des humains, comme un perpétuel acouphène… C’est épuisant !
– N.PINCZON : Un grillage bruyant dans le ciel ! Ciel à 20:47 à 47-St Vincent-de-la-Montjoie – Le 26 août 2017Hélas, ce n’est visiblement pas les très nécessaires zones protégées, dédiées à l’environnement qui peuvent changer quelque chose à cette misère. Tous les territoires sont concernés : urbains, ruraux... et même l’espace ! C’est un état d’esprit différent, un autre rapport à notre environnement, une autre mentalité, qu’il faut acquérir. Mais, sur ce territoire, quel projet politique aura le courage et la force de changer quelque chose à tout cela ? Une nouvelle année commence… 2020 ! et pour y traverser la campagne sans déprimer, il va encore falloir détenir en soi... un moral d’acier !!
Sitographie :
Consulter :
http://indicateurs-biodiversite.naturefrance.fr/fr
Voir également l’entretien rapide de Stanislas WROZA de l’Observatoire National de la Biodiversité, pour Sciences&Avenir :
https://www.bing.com/videos/search?q=stanislas+wroza+biodiversit%c3%a9&qs=n&sp=-1&pq=stanislas+wroza+biodiversit%c3%a9&sc=0-28&sk=&cvid=CF5A2B1EFAB34904A8BF2C5ADC0101FD&ru=%2fsearch%3fq%3dstanislas%2bwroza%2bbiodiversit%25C3%25A9%26qs%3dn%26form%3dQBRE%26sp%3d-1%26pq%3dstanislas%2bwroza%2bbiodiversit%25C3%25A9%26sc%3d0-28%26sk%3d%26cvid%3dCF5A2B1EFAB34904A8BF2C5ADC0101FD&view=detail&mmscn=vwrc&mid=F61D8D42A350DECE0171F61D8D42A350DECE0171&FORM=WRVORCLe Tichodrome échelette (Tichodroma muraria) s’observe sur les parois rocheuses, les murs de divers édifices…
Photographie : Goeffroy CHABOT – Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), mâle ? en plumage d’hiver – Moulin de 47-Aiguillon-sur-Lot, 24 octobre 2018 – Cette photo est dans le bon sens… ou dans le sens réel !
Voilà un oiseau spécialiste ! Celui qui « court rapidement sur les murs » (du grec teichos, mur, et dromas, qui court), le Tichodrome, est un oiseau du paléarctique assez étonnant, un peu à part, seul représentant de la famille des Tichodromidés (proche mais distingué des Sittidés, les Sitelles). C’est un spécialiste des habitats rocheux, où il trouve, pour se nourrir, les arthropodes inféodés aux fissures sombres et plus ou moins humides. Ainsi, le voilà à chercher les insectes (Lépidoptères, Zygentomes…) et les araignées dans des lieux improbables. Il fallait y aller sans avoir le vertige ! L’oiseau est adapté en conséquence : robustes pattes, bec fin et arqué, ailes arrondies afin de papillonner entre deux surfaces en pierre. Il s’est mis dans une niche écologique bien précise, où peu de concurrents viendront le taquiner.
En été, lors de la période reproduction, il occupe les hautes parois rocheuses des massifs montagneux, jusqu’à 3450 m d’altitude en Europe. C’est un vrai montagnard, observé jusqu’à 7000 mètres dans l’Himalaya. Mais il pratique la migration altitudinale.
En hiver il descend en plaine… du moins là où il retrouve l’idée de verticalité. Falaises, gorges, carrières, châteaux, cathédrales… il pénètre jusque dans certaines grottes. Il est plutôt discret avec ses 26 à 27 cm d’envergure.
Les vallées de la Dordogne et du Lot sont occupées en hiver, sans que l’on sache ni les effectifs, ni l’origine de cette population hivernante. Pyrénées ? Alpes ? Cet oiseau est encore peu étudié et reste assez mystérieux…
Gris souris, noir, mais aussi noir perlé de blanc (les rémiges primaires) et rouge carmin intense (une partie des rémiges primaires et secondaires, plus les couvertures alaires)… C’est une joyeuse rencontre dans la fraicheur de l’hiver ! Étonnant oiseau, tant pour sa morphologie, son alliage de couleurs que pour son comportement de voleur-grimpeur.
Photographie : Goeffroy CHABOT – Tichodrome échelette (Tichodroma muraria) – Moulin de 47-Aiguillon-sur-Lot, 24 octobre 2018Bibliographie :
Neveu Frank - L’OISEAU PAPILLON – Salamandre films
Géroudet Paul, éditions mise à jour par Cuisin Michel- LES PASSEREAUX D’EUROPE - Tome 1 & 2 – éd Delachaux et Niestlé, 2010Les connaissances sur la diversité et l’état des populations de mollusques dans notre région sont très faibles.
Appréhender le groupe des mollusques continentaux est difficile. La documentation de référence est rare. Les déterminations probablement complexes. Il y a pourtant, parmi les espèces de bivalves, d’escargots et de limaces, certainement d’excellents indicateurs des milieux. Une vraie richesse. Encore du travail, encore de bien belles découvertes à faire !
La Grande mulette (Margaritifera auricularia) est un mollusque bivalve aquatique, protégé et un projet de sauvegarde LIFE est en cours : https://life.univ-tours.fr/
Limace sur citrouille, orange sur orange dans un contexte d’halloween… la bête qui fait peur aux jardiniers ! Des méthodes autres que l’utilisation de métaldéhydes sont à développer. La toxicité de ce produit abondamment déversé dans nos champs et nos jardins est réelle. L’impact sur la faune qui se nourrit de mollusques est inconnu. Les petits mammifères insectivores, les oiseaux, notamment l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) subissent immanquablement l’effet de ces pratiques. Enfin, et avant tout, les mollusques s’alimentent de matières organiques mortes. Baveux, avec ou sans leurs très originales coquilles, ce sont des recycleurs importants, qui transforment la mort en vie !
Limace rouge (Arion rufus) – N.PINCZON - 47 Lafox – 02 novembre 2018Bibliographie : Escargots et limaces d’Europe – M.P Kerney, R.A.D Cameron – éd Delachaux et Niestlé, 2015
La Grande table idées, par Olivia GESBERT – France Culture le 03 octobre 2019
A écouter : Comment partager nos territoires avec les animaux ? Échanges intéressants avec Vinciane DESPRET, philosophe des sciences, qui questionne, en mêlant science et poésie, la façon qu’ont les oiseaux de faire territoire, dans son dernier ouvrage « habiter en oiseau » - Actes Sud, octobre 2019
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/comment-partager-nos-territoires-avec-les-animaux
« J’ai été cognitivement bouleversée par le chant d’un merle. C’était beau. Je me suis dit que quelque chose importait dans ce chant. Le fait d’être ému par le sentiment que quelque chose importe à cet être est peut être le signe d’origines communes. » (Vinciane DESPRET). Elle ajoute… « Le merle a inventé l’importance »
Image : ACTES SUD – HABITER EN OISEAU – Vinciane DESPRET, Stéphane DURAND, Baptiste MORIZOT – Mondes sauvages – Pour une nouvelle alliance - Octobre, 2019
HABITATS : le petit cortège des dunes du Lot-et-Garonne…
dimanche 29 septembre 2019, par Nicolas Pinczon Du Sel
À l’ouest du département, la fin du plateau des Landes révèle parfois une faune de milieux dunaires
Photographie : N.PINCZON. 47-Durance, exploitation de sable. 02 juin 2019.
En d’autres temps géologiques, lors d’une période aride et froide, il y a -200 000 ans environ, les sables éoliens du plateau des Landes sont visiblement venus achever leur course à la cassure, ou à la dépression, que représente, aujourd’hui encore, la vallée de la Garonne. Nous sommes à 120 kilomètres du littoral à vol de grain de sable, mais ces, modestes, masses de silice rappellent en miniature les vastes dunes onduleuses de la côte atlantique. Le sol du secteur est constitué par une couche, de quelques mètres, de sable blanc (ou noir en surface avec l’humus), parfois plus épaisse, parfois plus infime et d’où effleure même, à l’occasion, la sous-couche sédimentaire calcaire. Un réseau hydrique y circule, créant quelques modestes mais belles rivières, affluentes de la Garonne, comme l’est l’Avance. D’une altitude d’environ 120 à 150 mètres, ce bout de plateau annonce une climatologie probablement plus chaude et plus sèche que le centre du massif des Landes. Il est cependant aussi colonisé naturellement par une couverture végétale de type lande à Ericacée (les Bruyères comme Erica cinerea), à Ajonc épineux (Ulex europaeus), à Fougère aigle (Pteridium aquilinum), associée à de la forêt de diverses espèces de chênes (dont le Chêne liège (Quercus suber), le Chêne Tauzin (Quercus pyrenaica)) et bien évidemment… le Pin maritime (Pinus pinaster) ! Les zones en lande ouverte permettent aux plantes de la famille des Cistacées (les Cistes, les Hélianthèmes…) de s’installer. Les rares dépressions humides, non plantées en Pins ou semées en Maïs, forment des tourbières avec des zones en Molinie bleue (Molinia caerulea), bordées de Saules marsault (Salix caprea), de Bouleaux pubescents (Betula pubescens) où volent parfois le rare papillon Fadet des laiches (Coenonympha oedippus) et le Criquet migrateur (Locusta migratoria gallica)… Hélas, la monoculture du Pin des Landes et ses techniques sylvicole de plus en plus radicales modifie amplement ce paysage de landes et de tourbières… les espaces typiques en landes durables ne sont plus, et les denses plantations de jeunes Pins deviennent omniprésentes. Les sols nus, défoncés par le dessouchage, en attente de plantation, ne laissent que le temps d’une recolonisation de plantes exogènes pionnières, comme le Raisin d’Amérique (Phytolacca americana). Celles-ci ont juste le temps d’envahir les parcelles pendant une saison pour aller proliférer ailleurs. Les futaies plus âgées sont rares, mais un habitat forestier intéressant, par sa richesse floristique et faunistique subsiste encore le long des cours d’eau. L’Avance est classée dans le réseau Natura 2000. De même la culture intensive du Maïs a détruit bien des habitats riches et intéressants de landes humides. Les projets de déforestation pour l’implantation de centrales photovoltaïques sont actuellement nombreux. Certains ont déjà été réalisés comme à Pompogne et à Durance. Par endroit, l’exploitation du substrat sableux a supprimé la végétation, pour laisser place à un habitat artificiel typiquement dunaire, laissant plus ou moins apparaitre la nappe phréatique.
Cartographie : Extrémité du plateau des Landes – Source : Géoportail-IGN
Dans ce secteur, si l’avifaune nicheuse des landes subsiste (les densités sont faibles) à travers quelques espèces comme la Fauvette pitchou (Sylvia undata), le Bruant jaune (Emberiza citrinella), la Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), l’Alouette lulu (Lullula arborea), l’Alouette des champs (Alauda arvensis), le Pipit des arbres (Anthus trivialis), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Hibou moyen-duc (Asio otus), l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus)… notons que le Courlis cendré (Numenius arquata), le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), n’habitent plus le secteur parfois depuis trop longtemps (pour le Courlis cendré notamment, mais un lieu-dit, cultivé en Maïs, porte son nom : la Landes des Courlis)… Même le Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus) y est plutôt rare ! La présence ancienne de la Pie-grièche grise (Lanius excubitor) a été signalée, mais cette espèce a-t-elle vraiment été nicheuse ? Les données anciennes ne précisent d’ailleurs pas toujours la distinction entre la Pie-grièche grise et la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis). Des individus de Pie-grièche méridionale hivernent parfois actuellement dans le département...
Il me semble quand même original de trouver quelques espèces animales - par ailleurs plutôt régulières le long du littoral atlantique sableux - sur cette fin de plateau… au fin fond des terres Landaises !
En effet, notons au moins la présence du Criquet des dunes (Calephorus compressicornis), du Criquet de Jago (Dociostaurus jagoi), du Hanneton foulon (Polyphylla fullo), du Pélobate cultripède (Pelobates cultripes) et du Pipit rousseline (Anthus campestris). Les communes de Durance, de Fargues-sur-Ourbise, de Pindères et de la Réunion hébergent ces 5 espèces.
Photographie : N.PINCZON, Criquet des dunes (Calephorus compressicornis), 47 - La Réunion, le 23 août 2013. Orthoptère-Caelifère, qui a une nette tendance à être psammophile et apprécie donc les substrats sableux. Il est régulier sur les côtes de l’atlantique et de la méditerranée.Photographie : N.PINCZON, Criquet de Jago (Dociostaurus jagoi), 47-La Réunion, le 18 août 2013. Petit orthoptère-Caelifère, des zones arides ou des pelouses xériques. L’espèce s’observe sur le littoral atlantique et méditerranéen, où il peut remonter la vallée du Rhône. Étonnante station de l’espèce en Lot-et-Garonne, très isolée. La particularité du climat de ce bout de plateau et la possibilité d’une continuité avec les populations de Gironde et de Charente-maritime peut éventuellement l’expliquer ? Il faut faire d’autres données de l’espèce pour mieux comprendre cette présence.
Photographie : N.PINCZON, Hanneton foulon (Polyphylla fullo), 47- La Réunion, le 07 août 2019. C’est une (grosse) espèce de coléoptère que l’on retrouve dans des zones chaudes et sableuses, le long du littoral atlantique et méditerranéen, elle est associée à la végétation de ces habitats : Pins, Tamaris (Tamarix sp), Panicaut maritime (Eryngium maritimum)…
Photographie : N.PINCZON, Pélobate cultripède (Pelobates cultripes), 47-Pindères, le 14 septembre 2019. Drôle d’amphibien, qui a une curieuse façon de s’enfoncer dans le sable pour échapper aux curieux. Une population isolée de celle des dunes du littoral atlantique se maintient encore sur quelques communes Lot-et-Garonnaises mais doit probablement souffrir de la fermeture des milieux, des pratiques sylvicoles et des aléas de la présence de l’eau pour la reproduction…
Photographie : N.PINCZON, Pipit rousseline (Anthus campestris), 47-Durance, le 01 mai 2022. Espèce des habitats steppiques, ce n’est pas un oiseau rare dans les terres, bien qu’en densité souvent très faible. En Aquitaine, les populations sont plutôt concentrées sur le littoral, très rare vers le Quercy. Les individus nicheurs de cette zone semblent isolés, mais dans la continuité de la population du plateau des Landes. La photo est de mauvaise qualité… l’oiseau était farouche !
Cela reste toujours passionnant de remarquer cette diversité locale… il ne reste plus qu’à trouver d’autres espèces adaptées à cet habitat précis… sans parler du Phylan des dunes (Phylan gibbus) ou du Scarabée des sables (Aegialia arenaria) qui restent apparemment inféodé strictement aux dunes du littoral, il faut, par contre, rester attentif à la possibilité de la présence du Gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus), un Orthoptère, et de la Rutelle verte (Anomala dubia), un Coléoptère, pour qui des données existent déjà sans doute. Pourquoi ne pas rencontrer, pour les reptiles, le Seps strié (Chalcides striatus) ou le Lézard ocellé (Timon lepidus) ? Ce dernier a, tout comme le Pipit rousseline des populations sur le littoral atlantique et dans le Quercy… mais cela serait bien surprenant de le découvrir par ici celui-là !
Bibliographie :- CLAVÉ-PAPION Bérengère, Géologie, www.aquitaineonline.com/actualites-en-aquitaine/nature-et-environnement/histoire-geologique-aquitaine.html
- Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine – LPO Aquitaine et Collectif faune-Aquitaine.org – éd Delachaux et Niestlé, 2015
- Cahier d’identification des orthoptères de France, Belgique, Luxembourg & Suisse – Toutes les espèces : Sauterelles, Grillons & Criquets (+ 1 CD sonore) – Eric Sardet, Christian Roesti & Yoann Braud – Biotope éditions, 2015
- Guide des sauterelles, grillons et criquets d’Europe occidentale (+ 1 CD de chants OFFERT) – Heiko Bellmann, Gérard Luquet – Delachaux et niestlé – Vérifier la dernière édition…
- MOE, Tome 19, 2014 : Benoît DUHAZÉ & Sylvain BONIFAIT – Contribution à la connaissance des orthoptères d’Aquitaine : nouvelles données et considérations écologiques (Ensifera et Caelifera)
- Atlas des Amphibiens et Reptiles d’Aquitaine – Matthieu Berroneau – éditions Cistude Nature, 2014
- Coléoptères d’Europe – Vincent ALBOUY, Denis RICHARD - éd Delachaux et Niestlé, 2017
Excellents documentaires sur la migration de 2 oiseaux, 1 chiroptère et 1 lépidoptère !!
ARTE France
La compagnie les taxi-brousse
Clair-obscur production & la RTBF
Disponible du 11 septembre au 24 septembre 2019Auteur :Benoît DEMARLE
La Fauvette à tête noire – 43 min
https://www.arte.tv/fr/videos/074548-003-A/migrations-secretes/
La chauve-souris : Pipistrelle de Nathusius – 43 min
https://www.arte.tv/fr/videos/074548-004-A/migrations-secretes/Auteur : Alexis de FAVITSKI
Le Faucon d’Eléonore – 43 min
https://www.arte.tv/fr/videos/074548-002-A/migrations-secretes/
Le Papillon Belle-Dame – 43 min
https://www.arte.tv/fr/videos/074548-001-A/migrations-secretes/Révision de la systématique du groupe des Fauvettes passerinettes (Sylvia cantillans…)
Je reprends un thème déjà abordé dans ce blog en juin 2018 à propos des poissons Chabots (Cottidaea). Ranger, classer, ordonner… voilà le travail d’un systématicien. Il est possible de considérer à nouveau une espèce déjà décrite il y a longtemps, de manière philo-génétique, et de réfléchir sur les diversités de sa métapopulation en sous-populations… Que cachent ces sous-populations ? Diffèrent-elles de l’une à l’autre ? Finalement les différences sont-elles suffisantes pour parler de spéciation ? En s’appuyant sur des nouvelles analyses génétiques, morphologiques, éco-éthologiques, acoustiques (pour les oiseaux notamment) des chercheurs révisent la systématique d’une espèce et peuvent la distinguer finalement en plusieurs espèces. En quelque sorte, pour affiner les distinctions et les réelles nuances entre les populations, à partir de certaines différences significatives, il y a découverte d’une "nouvelle" espèce. Cela reste très utile dans les considérations scientifiques ou naturalistes qui concernent ces populations. Il est possible d’entendre alors : "cette sous-espèce est passée au rang d’espèce !". C’est le cas du groupe des Fauvettes passerinettes (Sylvia cantillans...), dont des individus nicheurs peuvent être observés, au printemps, en Lot-et-Garonne, dans le secteur de Fumel-Tournon d’Agenais. Jusqu’à présent cette petite population présente en Aquitaine n’était distincte des populations Nord-Italiennes et Corses, et de celles des Balkans que par l’idée de sous-espèces. La Fauvette passerinette est décrite par le zoologiste allemand Peter Simon Pallas en 1764. Mais depuis 2013, il est distingué 3 espèces de Fauvettes passerinettes par l’ornithologue suédois Lars Svensson (Svensson, L. 2013. A taxonomic revision of the Subalpine Warbler Sylvia cantillans. Bulletin of the British Ornithologists’ Club 133 : 240-248.). De ces 3 espèces, il est possible encore de distinguer 2 sous-espèces :
– Sylvia inornata iberiae – Fauvette passerinette (sous-espèce présente sur la péninsule ibérique et le sud de la France) = c’est notre Fauvette passerinette Lot-et-Garonnaise !!
– Sylvia inornata inornata – Fauvette passerinette (sous-espèce nord-africaine)
– Sylvia subalpina subalpina – Fauvette de Moltoni (espèce présente au Nord de l’Italie, Sardaigne, Baléares, Corse…)
– Sylvia cantillans cantillans – Fauvette des Balkans (sous-espèce présente au sud de l’Italie, Sicile…)
– Sylvia cantillans albistriata – Fauvette des Balkans (sous-espèce présente dans la péninsule balkanique, la Crète…)
Il semble que, encore actuellement, la Commission de l’Avifaune Française (MNHN, SEOF, CHN, ONCFS, LPO), reste encore sur l’idée d’une seule espèce pour Sylvia cantillans qui se divise en 4 sous-espèces. Donc, bien que toujours en latin… faut-il considérer le nom scientifique de notre Fauvette passerinette par l’approche française ou suédoise ?? A chacun de se faire une idée à la lumière des parutions scientifiques internationales, de l’avis de la CAF… Il est possible aussi de consulter le référentiel TAXREF : https://inpn.mnhn.fr/programme/referentiel-taxonomique-taxref
A ce sujet, il y a pas mal à dire aussi sur les récentes recherches qui concernent le groupe des Murins de Natterer (Myotis nattereri...), une espèce de chauve-souris européenne dont les populations finalement se divisent bien en plusieurs espèces ! Mais ceci est une autre histoire…
Revenons à notre Fauvette passerinette :
Photographie : David LAMBOTTIN. Fauvette passerinette - Sylvia cantillans iberiae ou Sylvia inornata iberiae, mâle chantant, 47-Montayral, 22 avril 2013Son : Aurélien AUDEVARD, Sylvia cantillans, mâle chantant – 83-Ste Baume, 15 avril 2018 – Source : xeno-canto.org
Subalpine Warbler (Sylvia cantillans)AUDEVARD Aurélien/xeno-cantoBibliographie :
– Le guide ornitho – Le guide le plus complet des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient – L.Svensson, K.Mullarney, D.Zetterström – éd Delachaux et Niestlé, 2015
– Handbook of Western Paleartic Birds - Vol 1 : Passerines, Larks to Warblers - Vol 2 : Passerines, Flycatchers to Buntings - Hadoram Shirihai, Lars Svensson - éd, Christopher Helm - London, 2018A propos de l’auteur
Animé très jeune par l’observation des animaux, je concrétise ma passion en arpentant les forêts, montagnes, rivages et autres marécages, les jumelles au cou, le carnet de notes en main, un guide d’identification toujours ouvert… à 22 ans je passe plus d’une année dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises pour étudier les Pétrels, les Prions, les Albatros, les Manchots...
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