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Voir la publication du 15 mars 2018 sur ce même blog
Photographie de Michel BERGALASSE – Calignac, Lot-et-Garonne – Mars 2018
Le Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) observé en mars 2018 en Lot-et-Garonne par Michel BERGALASSE et porteur de la bague M7C a, après un petit détour de quelques jours par l’Ardèche, été rejoindre son site de nidification dans le Vaucluse (84) où il s’est reproduit cette année. Cet oiseau a été bagué au stade juvénile, à l’aire, le 21 juillet 2011, il était donc dans sa 8ième année en 2018. Il est reproducteur depuis 2014 sur ce même site au sud du mont Ventoux.
Les programmes de baguages ont l’objectif dans savoir plus sur la dynamique de population, la dispersion, les échanges entre les populations, l’utilisation de dortoirs, les couloirs migratoires et les zones d’hivernage. Le contrôle des oiseaux porteurs de bagues est essentiel pour enrichir le suivi en informations. La population française se divise en 2 sous-populations : le Sud-Est et les Pyrénées. Une fois de retour en France, une dispersion prénuptiale peut conduire des oiseaux assez loin de leur site de reproduction !
Toujours dans le cadre du Plan National d’Action, un programme d’étude à l’aide de GPS, avec un suivi télémétrique, est en cours. Ceci afin d’approfondir les connaissances sur l’utilisation spatio-temporelle du territoire durant la reproduction notamment et d’avoir plus d’informations sur les routes migratoires et les zones d’hivernage. Actuellement 4 oiseaux sont équipés, 2 d’entre eux ont déjà fourni de belles informations sur la migration : plus de 6000 km parcourus en environ 25 jours pour aller passer l’hiver en Mauritanie…
A propos du PNA, c.f le lien : http://rapaces.lpo.fr/vautour-percnoptere/plan-national-actions.
Source : Bilan du programme de baguage – Suivis télémétriques du Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) en France – Année 2018 – Erick KOBIERZYCKI – Responsable du programme personnel de baguage PP n°457 – Coordination technique Plan National Actions Vautour percnoptère 2015- 2024
Séjour au Portugal - Janvier 2019 : L’estuario de Tejo
Carte IGN POR01 Portugal 1:335000
Le lieu est grandiose ! Le Rio Tejo et le Rio Samora tergiversent ensemble dans un dédale de vasières saumâtres avant de se jeter dans l’océan Atlantique. Les habitats sont typiques : Le fleuve et ses bordures soumises à l’influence des marées permettent de vastes espaces intertidaux, un extraordinaire estran limoneux où viennent s’alimenter une foule d’oiseaux. Puis des zones à végétation halophile type « sansouires » où dominent la Soude (Sueda sp), les Salicornes (Sarcocornia sp ou Arthrocnemum sp…), les Obiones (Atriplex ou Halimione sp…). Puis des zones de polders avec des roseaux (Phragmites australis) et enfin, des immenses pâtures plus ou moins salées, bordées de Tamaris (Tamarix cf gallica), où paissent bovins et équins. L’élevage semble, hélas, diminuer et les pelouses, si riches pour la flore et la faune sont radicalement remplacées par la monoculture du riz. Même les lieux les plus intenses ont leurs problèmes. Le site est en partie classé dans le réseau européen Natura 2000, et un Centre d’Interprétation, EVOA, https://evoa.pt/ , en occupe une partie. La gestion de l’eau reste délicate, tant les objectifs des différents acteurs présents semblent contrariés par les nuances de leurs besoins dans l’espace et dans le temps.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019
Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, envol d’Avocette élégante (Recurvirostra avocetta) au loin
Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, vol d’ Ibis falcinelles (Plegadis falcinellus)
Les populations d’oiseaux présentes sont impressionnantes. C’est tout d’abord un important site d’hivernage à cette époque pour des populations d’anatidés, de limicoles, d’ardéidés, de rapaces et de passereaux du nord de l’Europe et plus globalement d’Eurasie. Je retiens l’envol de plus de 5000 Sarcelles d’hiver (Anas crecca) d’un coup, pris en chasse par une "organisation" de Busard des roseaux (Circus aeruginosus) où 8 individus coordonnaient leur attaque pour probablement augmenter les chances de capture d’une proie pour l’un d’entre eux… Je retiens les vols synchronisés de plus de 8000 Barges à queue noire (Limosa limosa) devant les attaques du Faucon pèlerin (Falco peregrinus)… Je retiens le Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica ss esp cyanecula et namnetum, mais namnetum est largement plus représentée d’après la biométrie en main) planté en sentinelle sur un poteau de clôture avec quelques Tarier pâtre (Saxicola rubicola)… Je retiens les flopés de Moineaux domestiques (Passer domesticus) parmi lesquels se trouvent des Moineaux espagnols (Passer hispaniolensis)... Je retiens les très nombreux Pouillots véloces (Phylloscopus collybita ss esp collybita et tristis) moucheronnant dans les buissons, on entendait les becs claquer sans cesse… puis une Rémiz penduline (Remiz pendulinus) un peu solitaire… Je retiens les groupes bruyants d’Oies cendrées (Anser anser) qui s’alimentent sur l’estran… Je retiens les cris incessants des Chevaliers gambettes (Tringa totanus), des Chevaliers aboyeurs (Tringa nebularia), des Pluviers argentés (Pluvialis squatarola), des Grands Gravelots (Charadrius hiaticula) et des Bécasseaux variable (Calidris alpina), l’envol fugace d’une Becassine des marais (Gallinago gallinago), le vol sur place de l’Elanion blanc (Elanus caeruleus) ou celui du Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), celui plus papillonnant du Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) dans les près… Je retiens le soir, dans le soleil couchant, le déplacement tranquille des Spatules blanches (Platalea leucorodia) et des Flamants roses (Phoenicopterus roseus) vers leurs dortoirs respectifs, puis l’arrivée de plusieurs groupes de 4 à 5000 Ibis falcinelles (Plegadis falcinellus) et enfin, à peine affolé par tous ces va-et-vient, planant majestueusement dès que le soleil chauffe un peu, l’Aigle de Bonelli (Aquila fasciata) dont 2 individus, 1 adulte et 1 sub-adulte semblent attachés au site. La problématique des espèces exogènes est illustrée par la présence de petites populations férales d’Astrild ondulé (Estrilda astrild) et de l’Euplecte vorabé (Euplectes afer), tous deux sont originaires d’Afrique.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Chevêche d’Athéna (Athene noctua)Photographie Benjamin VOLLOT, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica) dans son habitat en hiver
Photographie Justine MÉZIER, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Moineau espagnol (Passer hispaniolensis), mâle en plumage d’hiver, en main
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Rémiz penduline (Remiz pendulinus), mâle adulte, en main
L’objectif de mon séjour ici était de participer à une étude à long terme sur la démographie et sur la survie hivernale du Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum) mis en place à titre personnel par l’ornithologue français Michel LECONTE, avec les autorisations de l’ICN Pt. L’Institut pour la Conservation de la Nature et des Forêts (ICNF) étant l’organisme gouvernemental portugais responsable du site N2000 et de sa gestion. La sous-espèce namnetum niche sur la côte atlantique française et hiverne au Portugal, en Espagne et jusqu’au Maroc. Les sites d’hivernage sont aussi importants pour la survie de la population que les sites de nidification. L’espèce semble territoriale même en hiver, et mâles et femelles défendent un territoire par le chant (tout comme le Rougegorge familier - voir la publication du 10 novembre 2018 sur ce même blog). Le domaine vital de l’espèce en hiver reste difficile à appréhender, les exigences semblent assez fines, les adaptations aux évolutions du milieu d’une année sur l’autre sont à affiner par davantage de connaissances. En nidification, l’oiseau occupe des habitats assez similaires, notamment dans le bassin d’Arcachon, l’estuaire de la Loire, les marais salants de Guérande…
L’étude utilise la méthode CMR (Capture-Marquage-Recapture), mais avec, en plus de l’identification par une bague métallique, un marquage coloré codé. Cela signifie la possibilité de contrôler les individus assez facilement de loin (aux jumelles) sans qu’il y ait la nécessité de les re-capturer systématiquement, sur ces mêmes lieux d’hivernage ou de reproduction par la suite. Cette technique n’affecte pas les oiseaux porteurs de bagues colorées. Nous avons pu réaliser 95 captures de l’espèce (dont des contrôles d’oiseaux bagués en France) en espérant des résultats grâce aux futurs contrôles des ornithos de terrain en capture ou à vue… Pour en savoir plus sur les déplacements (axes, phénologie, haltes migratoires…) une étude utilisant des enregistreurs de luminosités miniatures type GLS (Géo-Locateur Solaire) est en cours sur des individus mâles équipés au Portugal sur les sites d’hivernage, grâce à l’aide du Centre Ornithologique Suisse (SEMPACH) - F.LIECHTI, du Centre de Baguage de Lisbonne (ICNF - CEMPA) - V.ENCARNACAO, ainsi que des bénévoles de l’association française AROBA (Association pour la Recherche Ornithologique par la Baguage en Aquitaine). Connaître et protéger cette espèce garantie de faire plus attention à ces habitats, que sont les zones d’estuaire à végétation halophile, toujours menacés et fragiles, pourtant d’essentiels sites de reproduction et d’hivernage pour beaucoup d’espèces spécialistes.
Photographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum), mâle, en mainPhotographie Nicolas PINCZON, Estuaire du Tage, PORTUGAL, Janv 2019, Gorgebleue à miroir blanc nantais (Luscinia svecica namnetum), individu avec marquage couleur
Bibliographie, quelques pistes :
– Bird of the iberian péninsula – E. de Juanan, E. FJ Garcia – éd BLUMSBURY, 2015
– Etude de la population de Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica namnetum Mayaud, 1934 ; Muscicapidae) se reproduisant autour du Bassin d’Arcachon (France, Gironde, 33) – M. Leconte, Ch. Paucot, F. Dupuy, L.Couzy, S.Carbonnel & P.Bulens – Bull. Soc. Linn Bordeaux, Tome 147, nouv. Série n°40 (2), 2012 : 159-173
– Breeding origins and pattern of migration of Bluethroats Luscinia svecica wintering from Iberia to Senegal as revealed by stable isotopes – J.Arizaga, S.L. Van Wilgenburg, D.Alonso, J.A. Cortés, M.Leconte, H. Rguibi, T. Valkenburg, P. Vera & K. A. Hobson – Bird study, 63 :2, 196-202, 2016
– La Gorgebleue – M.C Eybert, P. Bonnet, T.Geslin, S.Questiau – Collection Approche – éd BELIN Éveil nature, 2004LSD, LA SERIE DOCUMENTAIRE - FRANCE CULTURE
Cette semaine sur France-Culture 4 émissions de 55 minutes, des propos plutôt angoissants mais… à écouter absolument :
LSD, LA SERIE DOCUMENTAIRE A 17:00
Bienvenue dans l’anthropocène ! (1/4) : Où le vivant s’effondre
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire
Photographie issue du site www.franceculture.fr
Solstice d’hiver :Les agapes festives d’un oiseau minuscule
samedi 22 décembre 2018, par Nicolas Pinczon Du Sel
Bonnes fêtes de fin d’année à tous !
Je voulais écrire un petit mot sur la Sauterelle de Noël (Cyrtaspis scutata). Il s’agit d’une minuscule sauterelle arboricole de la sous-famille des meconematinae qui vit dans la canopée, de chênes essentiellement, et qui semble assez commune dans le Sud-Ouest. Un autre nom vernaculaire est utilisé, c’est le Méconème scutiger, du fait de la forme de son pronotum (armature qui couvre le thorax) en petit bouclier. D’après le Littré : de scutum, bouclier et gerere, porter. Cette espèce se remarque bien dès le mois de septembre, mais ses populations ont la particularité de perdurer très tard dans la saison jusqu’à l’hiver. Elle émet un ultra-son à environ 22-23 khz au détecteur en hétérodyne (Voir l’article : le sonotone du naturaliste publié le 01 juillet 2018 sur de ce même blog), un claquement sec et fort, très net, en série : « Tac, tac tac… ». C’est une véritable cacophonie dans la nuit à la lisière des chênaies ! Mais le port du bouclier ne suffit pas toujours… voilà qu’un Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapilla), un brin cynique, lui a volé la vedette !! Un authentique festin pour lui !! Cet oiseau est une espèce également très commune dans le Sud-Ouest, en montagne comme en plaine, surtout si il y a, parmi les bois, quelques végétations toujours vertes : conifères (des espèces d’ornement souvent mais aussi le Genévrier commun), Laurier-sauce, Arbousier, Nerprun alaterne, Lierre… Ce petit nain ne pèse pas plus de 6,5 grammes !
Dans la lumière de l’hiver… ainsi va la vie !
Photographies 1 et 2 : Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapilla) ayant capturé une Sauterelle de Noël (Cyrtaspis scutata) – Photographie de Geoffroy CHABOT – 64-Biarritz – 04 février 2015L’oiseau qui chante quand les jours raccourcissent.
Une balade en forêt, à la campagne, dans son jardin en plein mois de septembre, d’octobre ou même de novembre ne laisse pas de doute : les oiseaux chantent ! Le printemps est pourtant loin ! Le chaud mois d’août avait, lui, été particulièrement silencieux. Il est très net que certaines espèces redeviennent plutôt volubiles alors que la belle saison s’achève pour de bon, que l’humidité arrive, que les feuilles jaunissent, que les bois sentent le champignon… des oiseaux se contentent alors d’un « sub-song » c’est-à-dire d’un proto-chant, composé des strophes habituelles mais moins structurées, en plus doux, plus hésitant, comme si ces oiseaux étaient atteints d’une sorte de timidité. Ainsi la Mésange charbonnière (Parus major), la Fauvette à tête noir (Sylvia atricapilla) – voir l’article du mardi 17 avril 2018 de ce même blog – le Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) émettent ces strophes chantantes atténuées. Il peut s’agir d’oiseaux de l’année qui « répètent » leurs gammes ! Bien qu’une composante génétique existe, les jeunes oiseaux chanteurs (Ordre des Passeriformes, sous-ordre des Oscines) copient le chant des adultes, appris alors qu’ils étaient encore au nid ou à ses alentours, avant de se l’approprier pour de bon. Cet apprentissage permet de répondre à la question « pourquoi les oiseaux chantent » par « parce que leurs parents chantaient ». Cette réponse, qui a l’air un peu facile à première vue, est loin d’être simple. Elle sous-entend toute une dimension adaptative pour une espèce qui est transmise de génération en génération. C’est une transmission culturelle qui comprend donc les accents locaux. Ces « dialectes » permettent de mieux cerner les sous-populations d’une espèce. Le sujet est passionnant !! Mais, dans ces chaleureuses mélodies de buisson, il semble qu’un oiseau, lui, ne fait pas semblant ! En plein mois d’octobre, il bat les records d’audience, en formulant un chant assidu, soutenu et plein de vigueur. Ce chant c’est celui du Rougegorge familier (Erithacus rubecula). Bien qu’il chante aussi au printemps, le chant riche, mélodieux, au timbre très particulier, un peu mélancolique, du Rougegorge peut vraiment être associé à l’automne.
Il faut dire que cette espèce a la particularité d’avoir un territoire en hiver. Un territoire à défendre et uniquement pour s’alimenter donc. Encore une adaptation originale pour cet oiseau qui, probablement afin de maintenir des chances de survie plus importantes, a opté pour passer l’hiver en solitaire sur un petit habitat idéal qu’il défend et qui lui permet d’avoir le nécessaire pour survivre : un coin tranquille, avec des arbres, un sol plutôt dégagé comme un sous-bois ou une pelouse, ce qui lui permet de chasser à l’affût. L’oiseau est insectivore ou frugivore en hiver. L’Espagne, le Sud-Ouest de la France et même l’Afrique du Nord accueillent des populations de Rougegorge familier pour la période hivernale issues des zones plus nordiques comme l’Allemagne, la Pologne, la Scandinavie, la Russie… On a l’habitude de croire que le chant des oiseaux n’est que l’apanage des mâles, on sait maintenant que pour certaines espèces les femelles chantent aussi bien que les mâles ! C’est bien le cas pour l’Accenteur mouchet (Prunella modularis), pour l’Accenteur alpin (Prunella collaris)… et pour notre Rougegorge familier également ! Chanter, c’est incontestablement prendre le risque d’être repéré par un prédateur. Comme l’Épervier d’Europe (Accipiter nisus) par exemple. C’est pour cela que des réponses adaptatives ont probablement supprimé le chant chez les femelles des espèces de beaucoup oiseaux d’Europe. Mais, à propos du Rougegorge, l’égalité dans la pratique du chant pour les deux sexes permet sans doute à la femelle de défendre son petit arpent hivernal afin d’avoir, elle aussi, toutes ses chances pour préparer la saison de reproduction. Un exemple de parité incontestable.
Un enregistrement de Rougegorge familier effectué par Jarek MATUSIAK – 30/03/2018 – POLOGNE. Source : www.xeno-canto.orgEuropean Robin (Erithacus rubecula)Jarek Matusiak/xeno-cantoPhotographie : Rougegorge familier (Erithacus rubecula) – Photographié au palais des thés du jardin de Compans Caffarelli, à Toulouse – 18/02/2012 – Photographie de Pierre SELIM
Bibliographie :
– Pourquoi les oiseaux chantent-ils ? – V.BRETAGNOLLE – Le Pommier, 2005
– La voix des oiseaux – Une nouvelle approche des cris et des chants – M.CONSTANTINE – Delachaux et Niestlé, 2008
– Le Rougegorge – G.OLIOSO, M.OLIOSO – Les sentiers du naturaliste - Delachaux et Niestlé, 2007
– La hulotte, n°103 – Le Rougegorge - Pierre DEOM, 2015Quelques aspects hallucinants du phénomène !
Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) – Ce rapace vient des lacs de forêts d’Écosse, de Scandinavie, de Russie et va passer l’hiver dans les secteurs Ouest-Africains du Niger, Mali, Sénégal et plus au Sud… En chemin, il lui faut de quoi attraper quelques poissons pour se restaurer, sur les fleuves, les étendus d’eau – Aiguillon 47, 31 août 2018 - Photographie : Geoffroy CHABOT
Quelques généralités : Toutes les espèces d’oiseaux sont susceptibles de pouvoir migrer… En quelques générations elles peuvent développer ou parfois stopper un comportement migratoire. Au sein d’une même espèce, certaines populations sont migratrices, d’autres sont sédentaires (c’est le cas du Pigeon ramier - Columba palumbus). L’histoire des populations d’oiseaux montre que certaines espèces ont inclus, depuis longtemps, de manière importante, voire essentielle, le fait de migrer au cours de leur cycle de vie. Il y a donc des champions de la migration ! La migration comprend le voyage lui-même, ainsi que les haltes qui permettent de se reposer et de se restaurer. Les zones d’hivernages sont parfois des lieux très précis et aussi importants, pour la survie d’une population d’oiseaux, que la zone de nidification. Sur la zone d’hivernage il y a des périodes de mue des plumes, du repos, des rencontres de futures partenaires parfois, une mise en condition physique pour la reproduction suivante… Si certains individus peuvent « s’égarer » et, pour certaines espèces, peuvent « explorer » de nouveaux territoires et être ainsi pionniers pour éventuellement coloniser un secteur (apparaissant là où on ne les attend pas), le trajet migratoire des oiseaux n’est pas une errance mais bien un voyage. Selon l’endroit où, nous Humains, nous habitons, il est possible de voir les choses de 2 façons, par exemple :
– Pour ceux qui habitent en Europe du Nord : les oiseaux fuient l’hiver froid, le manque de nourriture et descendent vers les tropiques pour passer l’hiver au chaud…
– Pour ceux qui habitent en Afrique : les oiseaux fuient la chaude saison des pluies, laissent la place aux oiseaux locaux sédentaires, recherchent plus de ressources alimentaires pour la reproduction et montent rapidement vers les riches habitats du court été boréal…
Mais aucun oiseau ne fuit ni ne cherche… c’est simplement que l’espace qui permet tous les cycles vitaux de certaines espèces, est compris, en fonction des saisons, entre le nord de l’Europe et les tropiques. En quelque sorte, toutes les latitudes de l’hémisphère Nord sont exploitées, et même au-delà de l’équateur pour des espèces comme l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus), la Martinet noir (Apus apus). C’est vaste certes… mais c’est comme cela que les populations d’oiseaux migrateurs vivent… Ce sont des voyageurs sans frontières, aux capacités de vol exceptionnelles.
Beaucoup de comportements migratoires sont issus de la fin de la période glaciaire, il y a maintenant plus de 10 000 ans. Des espèces qui habitaient au sud ont profité des nouveaux espaces libérés par la fonte des glaciers. Les premiers mouvements migratoires des espèces nicheuses en été en Europe, étaient bien de monter vers le Nord ! De même, dans le cas de migration altitudinale, des oiseaux profitent de l’été pour se reproduire et montent entre 2 et 3000 mètres, puis redescendent au fond des vallées ou dans les plaines, pour passer l’hiver, comme le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria). Migrer c’est donc aller se mettre où la reproduction est possible. Les oiseaux semblent optimiser cette période de reproduction, les conditions sont idéales mais souvent très brèves.
Bien qu’il soit possible d’observer un peu partout la migration des oiseaux, dans le Sud-Ouest, certains sites s’y prêtent plus particulièrement : les cols Pyrénéens comme le col du Soulor, le col d’Orgambideska, ainsi que les caps maritimes comme la Pointe de Grave… permettent d’observer des vols très concentrés. Dans le Lot-et-Garonne, le Pech de Berre a parfois, certains jours d’automne (migration post-nuptiale) ou de printemps (migration pré-nuptiale), un flux relativement visible. On y observe essentiellement des rapaces comme les Milans (noir et royal), Bondrée apivore, Buse variable, Balbuzard pêcheur, Circaète Jean-le-Blanc, Busards (des roseaux, saint-martin…), Épervier d’Europe, Faucons (crécerelle, hobereau, émerillon, pélerin…), des Cigognes (noire et blanche), la Grue (cendrée), de nombreux passereaux : Pigeon ramier, Pinsons (des arbres et du Nord), Pouillots (fitis et véloce), Rougequeue à front blanc, Traquet motteux, Gobemouche noir… etc
Voici 3 aspects extraordinaires de la migration des oiseaux (parmi beaucoup d’autres) :- Métabolisme :
Pour voyager il faut de l’énergie. Même si beaucoup d’espèces utilisent les courants aériens ascendants, les vents… le corps d’un oiseau qui voyage a un métabolisme 10 à 15 fois plus actif qu’au repos. Les muscles réclament des sucres, des acides gras, des protéines… Afin de stocker ces réserves de carburant, l’oiseau à la possibilité d’être hyperphage . Une boulimie contrôlée pour certains petits limicoles (genre Bécasseaux), ou pour la Fauvette des jardins (Sylvia borin) qui peuvent prendre rapidement 2 fois leurs poids habituels. Tout l’organisme en lien avec la digestion de l’oiseau se transforme de manière très temporaire, le foie grossit, l’intestin se rallonge… Mais, dès que la masse corporelle optimum est atteinte, le processus s’arrête et les organes reprennent leurs tailles initiales, voire s’atrophient, afin d’alléger la masse corporelle. Le départ est…imminent ! - Orientation :
Parmi les différentes possibilités physiologiques que les oiseaux possèdes pour s’orienter, associées aux « messages codés » d’origine génétique de l’espèce, il y a l’utilisation du soleil et des certaines étoiles comme repères (les oiseaux voient les ultra-violets et la lumière polarisée), il y a l’odorat (certaines espèces ont le sens olfactif extrêmement développé !), il y a la mémorisation des lieux (l’expérience), il y a les informations sensitives que les plumes transmettent quant aux mouvements de l’air, mais le plus hallucinant de toutes ces capacités, c’est la possibilité de voir le champ magnétique terrestre ! Comme cela nous paraît étrange ! Des « lignes perceptibles dans le ciel » indiqueraient des angles d’inclinaisons, des intensités magnétiques !! Avec une capacité à les analyser. Une authentique boussole perfectionnée… voilà ce que, l’air de rien, nos migrateurs ont dans les yeux ! - Athlète de haut niveau :
La Barge rousse (Limosa lapponica) niche autour du cercle polaire arctique durant l’été. Une population (celle de la sous-espèce L.l.baueri) part d’Alaska pour passer le reste de l’année en Nouvelle-Zélande. La Barge rousse est un limicole (comme les Bécasses, Bécasseaux, Chevaliers…) d’environ 350 g, qui vit dans les habitats humides, les baies, les rivages, les marais, la toundra… Cette espèce est capable d’effectuer, lors du vol de migration post-nuptial, en une seule traite la liaison entre ces 2 zones importantes pour elle ! Soit dans les 11 000 km en 8 jours de vol sans arrêt au-dessus de l’océan Pacifique !! Cela me laisse baba. Visiblement, il y a bien des avantages pour l’espèce à avoir évolué pour accomplir tous les ans cet exploit. Par contre, dans le sens inverse, lors de la remontée vers le Nord, l’oiseau utilise quelques étapes, cela rallonge le chemin mais le repos est possible.Barge rousse (Limosa lapponica sp) lors de sa remontée prénuptiale vers le nord - Estuaire de la Gironde, mai 2019 - Photographie : N.PINCZON
Je n’insiste pas sur les difficultés que les oiseaux rencontrent de plus en plus pour migrer : changement climatique, pollution lumineuse, dégradation des habitats de halte et de repos, dérangement…
Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) lors de sa remontée pré-nuptiale vers le Nord - Cuq 47, 15 avril 2017 - Photographie : N.PINCZON
A lire et à voir absolument, bibliographie :
La migration des oiseaux, comprendre les voyageurs du ciel – Maxime ZUCCA – éditions Sud-Ouest, 2015
THE MESSENGER - Le silence des oiseaux – Documentaire de SU RYNARD – Production SONGBIRDSOS & FILM A CINQ
Biodiversité : Où en sommes-nous avec le Grand Pan ?
mercredi 19 septembre 2018, par Nicolas Pinczon Du Sel
Sauver ou civiliser le sauvage ?
Pan, divinité de la Nature – Mythologie Grecque – Mosaïque romaine, Genazzano, Italie. Photographie : Miguel HERMOSO - Wikimédia
L’ensemble de notre faune sauvage est touchée dans son intégrité. Nous vivons un bouleversement écologique : Artificialisation des paysages par les infrastructures humaines toujours en expansion et par l’agriculture industrielle, pollutions et intrants chimiques, fragmentation des habitats qui isole des petites populations animales, perte de diversité génétique, réchauffement climatique, apparition d’espèces exogènes envahissantes (ou invasions biologiques), hybridations d’espèces, surpâturage, surpêche, monoculture forestière, fermeture par une récente végétations des habitats pastoraux ancestraux abandonnés, asséchement des zones humides, eutrophisation de l’eau, perturbations diverses notamment dues au tourisme, à la chasse, aux loisirs…etc C’est une catastrophe pour beaucoup d’espèces spécialistes et il y a un maintien des espèces généralistes. Un certain nombre d’espèces animales perdent leur autonomie et dépendent plus ou moins des activités humaines : Les décharges à ciel ouvert, les rejets organiques agricoles ou ceux de la pêche industrielle, la présence de populations artificielles de proies abondantes (Pigeon biset domestique, Rat surmulot…)… tout cela entretient certaines populations animales sauvages. De plus, tous nos modes de transport sont utilisés par les insectes. Le commerce et la détention privée de la faune sauvage sont certainement sous-contrôlés par une législation trop complexe. Paradoxalement, des populations importantes d’animaux domestiques, notamment les chats (Felis silvestris catus) en France, deviennent « férales » (« farouches ») et sont livrées à elles-mêmes aux abords des habitations ou non, dans un processus de domestication… inversé !
Alors ? Reste-t-il un peu de sauvage quelque part ? Comme nous en rêvons, comme nous le fantasmons ? Dans les grands espaces où les animaux sont libres, mystérieux, primitifs… souvent imagé par la photo du regard perçant, jaune et profond, du loup.
Avouons-le, nous n’aimons que dans une certaine limite ce fameux sauvage… la nature nous fait peur ! Trop imprévisible ! Trop étonnante ! Trop inventive ! D’ailleurs, certains d’entre nous, ne semblent exister que par opposition, et par l’idée d’un combat entre l’Homme et la Nature… ceux-là en seraient-ils encore au néolithique ?... Nous en sommes et cela est ridicule, à vendre de l’eau minérale en utilisant l’image adorable de petits oursons qui jouent dans la montagne, alors que nous sommes incapables d’être tous d’accord pour accepter, un minimum, la réelle présence de l’Ours brun dans quelques vallées Pyrénéennes. Aurions-nous quelques problèmes avec la réalité ? Avec le vrai de vrai ? A moins qu’il ne s’agisse du fait que les enjeux nationaux ou européens qui concernent la Nature se politisent de plus en plus. La Nature réveille les militantismes de tout poil ! Une manière d’exister, pour certains là encore. Ils agissent, et sur-jouent, dans une perte flagrante d’identité, une nostalgie des temps révolus, et parfois dans le mortifère besoin de dominer...
La Nature telle qu’elle est, n’a pas de droit à l’image. Tout est permis, et même si cela cultive des représentations très négatives d’elle. Il y a un exemple récent avec la campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun en Ile de France début 2018, où Ours, Loups et Requins représentaient les harceleurs… et par la même voilà nos harceleurs animalisés... donc sauvages, donc incontrôlables... inéducables ? En ce qui concerne la représentation de la Nature, heureusement que certains documentaires animaliers extraordinaires rattrapes le coup. Qui ne connait pas l’étonnant festival du film animalier de Ménigoute dans les Deux-Sèvres ?
Les animaux sauvage sont aussi, à travers les parcs animaliers, les zoos, un bien de consommation. Un spectacle parfois un peu misérable. Bien que je pense que ces structures ont aussi un rôle éducatif ou de sensibilisation pour le grand public, ce qui reste intéressant dans certains cas. La Réserve zoologique de la Haute-Touche dans l’Indre en est un exemple.Affiche dans le métro à Paris - Mars 2018 - L’agence de com qui fait dans la mythologie et qui se prend pour Circé !! - Photographie : N.PINCZON
Nous semblons vite troublés par la notion de « population » animale. Perdons-nous l’habitude de la multitude ? Nous sous évaluons la capacité d’accueil d’une nature saine. Sur un ressenti très subjectif j’entends dire parfois : « ça grouille, ça pullule, y en a partout… » et cela signifie la nuisance, l’incontrôlable… Celui qui ne supporte plus les grenouilles chanter les soirs d’été dans la mare voisine dénote d’un snobisme certain. Retenons des générations précédentes les récits des immenses vols vespéraux du Hanneton commun (Melolontha melolontha) au-dessus des forêts tous les 3 ans par exemple. Une cohorte de prédateurs se régalait. Transmettons nos observations aux générations futures… l’omniprésence des oiseaux et des papillons dans les campagnes lorsque j’étais enfants dans les années 1970, ou les milliers et milliers de Prions bleus (Halobaena caerulea) qui arrivaient de l’océan Indien austral, le soir, aux îles Kerguelen (TAAF) en 1988… les oiseaux marins peuplaient tout le vaste horizon en une masse absolument innombrable juste avant la nuit noire. A perte de vue les milliers de petites silhouettes s’agitaient au-dessus des embruns sombres… j’entendais déjà l’immense rumeur de leurs chants, comme un concerto pour flûte de Pan.
Bon, le Sanglier d’Eurasie (Sus scrofa) semble objectivement, lui, vraiment trop abondant ! Il n’y a pas que moi qui le dis. Son impact sur les écosystèmes est… catastrophique !
Notre gestion très moderne (mais pas toujours raisonnée) du sauvage permet de l’accepter, parfois de le maintenir : Plan de sauvegarde, réserves naturelles, parc nationaux et régionaux, réseau Natura 2000, mesures compensatoires, dispositifs divers… et nous pensons le contrôler par le « tir sélectif » de certaines espèces endogènes (Loup d’Europe (Canis lupus lupus), Grand cormoran (Phalacrocorax carbo sinensis)…), ou par la stérilisation (Insectes, Goéland leucophée (Larus michahellis)…). Dans l’idée d’étudier, avec une capacité à maitriser un phénomène, il faut mentionner également l’utilisation régulière du suivi télémétrique par différents systèmes (Récepteur satellite, géolocalisateur ou géolocateur solaire…) pour suivre les déplacements migratoires de nombreuses espèces (le projet ICARUS développé par notamment the Max Planck Institut for Ornithology est assez impressionnant c.f : www.icarusinitiative.org). Certaines populations de mammifères ou d’oiseaux, emblématiques, sont entretenues artificiellement : l’Ours brun (Ursus arctos) dont il faut apporter des effectifs dans les Pyrénées ou les différentes espèces de Vautours, comme le Vautour moine (Aegypius monachus) dans le Massif central, la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) en Alsace dans les années 1970…
Parquer et gérer le sauvage ? Cela semble être un contre-sens, non ?
Souvent représenté par la férocité… le mot « sauvage » à l’origine salvaticus ou silvaticus signifie qui habite la forêt. Une zone sans code, où l’on craint la civilisation et où on peut même se réfugier en se sauvant. Une zone sans contrôles. Ingérable. Les deux mots « civil » et « sylve » semblent donc diamétralement opposés dans leur sens.
Mais, par les modes de gestion que nous proposons, ne sommes-nous pas en train de civiliser notre Nature ? Et le Sauvage sera-t-il pour autant anéantis ?
Les espèces dites sauvages évoluent et subissent toujours une sélection naturelle. Même si elles dépendent de ressources crées par l’activité humaine, elles sont probablement capables de se réhabituer à des ressources plus naturelles, bien qu’il doit y avoir au fil des générations une perte d’expérience probablement, une perte de transmission de pratiques alimentaires ? Pourvu que ces espèces soient un tant soit peu « plastiques ». Ces espèces gardent leurs systèmes sensoriel et nerveux ultra perfectionnés pour survivre. Si on garde son sens d’origine, le sauvage est bel et bien là. Certes il a perdu un peu de son panache : le fauve libre. Donc, pas de panique… le sauvage est là… une nature en évolution résiste malgré tout à notre civilisation. Mais c’est surtout parce que l’incontrôlable persiste. La représentation du sauvage devrait évoluer rapidement. A la place du regard sauvage du loup, ne devrions-nous pas nous habituer aussi à l’indomptable en regardant le nuage qui se boursouffle ? Lorsqu’il devient jaune souffre et qu’il reste très incertain quant à son évolution en tempête… La foudre qui frappe d’un coup ? L’indomptable encore dans ces nouveaux insectes venues de loin (Moustiques, Pyrales, Coccinelles, Punaises, Frelons, Fourmis, etc…) et dont le caractère envahissant des populations est flagrant. Que dire des agents pathogènes que nous découvrons toujours et qui restent tout à fait inquiétants…Formation de nuages au dessus des Pyrénées. Idron 64 - Août 2017 - Photographie : N.PINCZON
Par un phénomène étonnant, quelques rares espèces endogènes, d’origine eurasiatique, particulièrement sauvages, semblent tenter une expansion, ou semblent regagner un terrain perdu… Comme si des scénarii imprévisibles restaient toujours en couveuse. Dame Nature a bien plus d’un tour dans son sac ! Ces espèces profitent sans doute d’une baisse des populations humaines rurales, donc des pratiques de gestion de ces espaces semi-naturels. Je pense, notamment, à la Cigogne noire (Ciconia nigra), au Pic noir (Dryocopus martius), à l’Élanion blanc (Elanus caeruleus) et évidemment, au Loup d’Europe (Canis lupus lupus)…
La représentation du sauvage par l’image de l’œil du loup n’est donc finalement pas si démodée. Utiliser celle du Moustique tigre (Aedes albopictus) s’avère aussi de plus en plus pertinente. Le Moustique tigre est à la fois incontrôlable et sait s’infiltrer dans les interstices de la civilisation. Un pneu sous la pluie, un pot de géranium bien arrosé devient… une sylve.
Quant à notre bonne vieille faune traditionnelle ou commune, autrefois si sauvage… elle est à notre merci ! Elle semble heureusement entrer en résistance. Un peuple en résistance contre la dictature démesurée de notre civilisation.
Engluées dans les contraintes environnementales que nous imposons, la faune et la flore commune gardent parfois une étonnante vigueur. Une modernité. Pas toujours cependant, car certaines populations disparaissent ne pouvant relever le défis de subsister dans ces conditions. Les cartes de répartitions se redessinent laissant des vides, des zones blanches, comme quand l’eau se rétracte en gouttes éparses sur une vitre mouillée. Voici une liste rapide pour le plaisir des mots : certains Traquets, Gobe-mouches, Pie-grièches, Outardes, Râles, Butors, Busards, Faucons, Macareux, chouettes, Guifettes, Alouettes, Genette, Marsouins, Mustélidés, Chiroptères, Hérissons, Musaraignes, Campagnols, Anguilles, Flore des prairies naturelles, Gastéropodes, Batraciens, Reptiles, Papillons, Odonates, Coléoptères, Orthoptères… etc, s’acharnent à habiter le territoire, aussi compliqué parfois que cela soit. Ils résistent. Même si ils perdent des effectifs, ils s’adaptent, ils inventent, ils évoluent… ils sont parfois étonnement modernes. Il me semble qu’ils attendent… peut être des jours meilleurs ? J’admire leur présence parfois… je ressens souvent beaucoup d’émotion en observant cette faune. Pourtant, combien de populations animales sauvages françaises, qui font parties intégrante de notre culture, sont en train de disparaître ? Des oiseaux comme la Pie-grièche grise (Lanius excubitor), le Butor étoilé (Botaurus stellaris), le Râle des genêts (Crex crex), l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax) ne seront-ils bientôt plus que des images ? Et que dire du Vison d’Europe (Mustela lutreola), petit mammifère carnivore dont les effectifs sont devenus… si dérisoires !Faucon pèlerin (Falco peregrinus ) sur la flèche de l’église Ste Foy en pleine ville d’Agen 47. Je ne crois pas que l’oiseau soit très pieux, mais c’est un vrai citadin, mangeur de Pigeon biset domestique et d’Étourneau sansonnet ! Avril 2015 - Photographie : N.PINCZON
Finalement, dans l’œil du loup, je ne vois qu’une infinie tristesse (cela me fait penser au livre de Daniel Pennac, L’œil du loup, éditions Pocket-Junior, 1997), comme si nous avions raté quelque chose avec le sauvage. Dans celui du moustique je perçois un défi. Non pas d’essayer de l’éradiquer à jamais, mais juste, implicitement, de le remettre à sa place…
Et le Grand Dieu Pan, lui, traqué, spolié… il rase les murs !
A propos de l’auteur
Animé très jeune par l’observation des animaux, je concrétise ma passion en arpentant les forêts, montagnes, rivages et autres marécages, les jumelles au cou, le carnet de notes en main, un guide d’identification toujours ouvert… à 22 ans je passe plus d’une année dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises pour étudier les Pétrels, les Prions, les Albatros, les Manchots...
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